Résumé
L’accélération des évolutions socio-environnementales poussent les chercheurs, quelles que soient leurs disciplines, à s'intéresser aux interactions entre les systèmes humains et non-humains, comme le soulignent les rapports du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC). Les territoires insulaires présentent alors des atouts dans la perspective d'étudier cette interdépendance puisque les populations qui y vivent ont de tout temps trouvé des stratégies d’adaptation indispensables aux conditions de vie (espace restreint, ressources limitées, isolement géographique, etc.). Au vu de la diversité des usagers qui y interagissent, le milieu marin en contexte insulaire est un espace ressource multi-usage, illustrant la complexité des interactions entre les sociétés humaines et leur environnement. Certaines activités humaines peuvent remettre en question la viabilité, aussi bien sociale qu’écologique, dans un contexte où des usagers, tels que les pêcheurs ou les prestataires touristiques, sont directement dépendants des services écosystémiques (services rendus par la nature). L’absence de complémentarité entre les usages peut alors occasionner des conflits entre les acteurs (conflits humains-humains) et avec le milieu naturel (conflits humains-non-humains). Dans cette étude, nous explorons la possibilité de concilier le développement socio-économique et la conservation des ressources naturelles. Nous questionnons également la manière dont les populations locales perçoivent les outils de gestion du milieu marin. Il nous semble alors crucial d'identifier les facteurs qui encouragent (ou non) les usagers de la ressource à investir du temps et de l'énergie dans sa préservation. Pour répondre à ces questionnements, nous proposons une approche qui mobilise la Grounded Theory, en croisant les résultats des travaux ethnographiques menés au sein de deux milieux marins insulaires : La Réunion (France) et Tahiti (Polynésie française). A travers cette thèse qui s’inscrit dans le champ de la sociologie de l’environnement, nous avons recueilli des données qualitatives en mobilisant trois outils (triangulation). Nous avons mené des entretiens semi-directifs (n=100), des observations ethnographiques prolongées sur plusieurs années (participantes et non participantes), et collecté des données sur des réseaux sociaux. Notre ambition est ainsi de révéler la pluralité des enjeux socio-anthropologiques, politiques, écologiques et économiques, qui jouent un rôle dans la gestion des milieux marins et ainsi, l’intérêt de les appréhender sous l’angle des socio-écosystèmes (SES - Socio-Ecological Systems). Les résultats permettent de mesurer à quel point le contrôle social exercé par les riverains permet de générer une médiation socio-environnementale, mais aussi que les savoirs locaux et les mécanismes de consultation des usagers du milieu marin sont autant d’éléments qui, lorsqu'ils sont pris en compte dans la conception des outils de gestion, réduisent les conflits entre les acteurs. Cela suppose alors d’étudier davantage l’hypothèse selon laquelle l’adaptation des sociétés contemporaines aux évolutions socio-écologiques en cours est liée à la fructification du passé des territoires insulaires et des savoir-faire locaux qui y ont été développés.