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Systématique et dynamique évolutive des Metatheria (marsupiaux et fossiles apparentés) en Europe durant les réchauffements climatiques intenses de l’Éocène inférieur
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Systématique et dynamique évolutive des Metatheria (marsupiaux et fossiles apparentés) en Europe durant les réchauffements climatiques intenses de l’Éocène inférieur

Killian Gernelle
Doctoral, École Doctorale GAIA Biodiversité, agriculture, alimentation, environnement, terre, eau (Montpellier ; 2015-...)
12/12/2024

Résumé

Phylogeny Marsupialiformes Mammals Laurasia Dentition Cenozoic Phylogénie Marsupialiformes Mammifères Laurasie Denture Cénozoïque
L’Éocène inférieur (~56-48 Ma) représente une phase clé de la radiation des mammifères en termes de dispersions intercontinentales et de diversification taxonomique. Il est jalonné de brèves périodes de réchauffements globaux (ETMs) suivies d’un long optimum climatique (EECO), dont les impacts potentiels sur les faunes mammaliennes d’Europe sont peu compris. Les Metatheria, incluant les fossiles plus apparentés aux marsupiaux qu’aux placentaires, étaient alors représentés sur ce continent par deux familles, Peradectidae et Herpetotheriidae, à la denture superficiellement similaire à celle d’opossums actuels. Leurs histoires évolutives, dépendantes de registres fossiles composés de dents isolées, sont floues, ponctuées d’une succession de transformations de traits morphologiques subtiles. Cette thèse consiste en une révision systématique des métathériens européens de l’Éocène inférieur, menée afin de clarifier leurs histoires évolutives. Toutes les attributions taxonomiques passées sont réévaluées au regard des variations morphologiques intraspécifiques prépondérantes et de spécimens inédits. La pertinence de caractères dentaires diagnostiques dégagés est corroborée tout au long de ce travail par des approches quantitatives. Les comparaisons d’échantillons de molaires supérieures isolées établissent que les variations liées aux cuspides stylaires des métathériens, peu contraintes fonctionnellement, et à la forme des couronnes, véhiculent un signal phylogénétique crucial. La caractérisation morphologique des péradectidés européens décrits, dont quatre nouvelles espèces, permet la reconstruction de l’histoire évolutive complète de la famille, et de préciser les positions phylogénétiques des taxons métathériens de l’hémisphère nord grâce à une sélection critique de caractères dentaires. Des résultats d’analyses phylogénétiques inédites, suggèrent pour la première fois que les Peradectidae formaient un groupe monophylétique inclusif d’au moins 22 espèces ayant divergé rapidement de la lignée des « Herpetotheriidae » dans le Paléocène inférieur d’Amérique du Nord. Les deux familles appartiennent aux Notometatheria, un clade comportant en fait l’ensemble des métathériens cénozoïques, dont les Marsupialia. Ce cadre phylogénétique conduit ultimement à inférer des scénarios paléobiogéographiques plus simples qu’attendu. Vraisemblablement, les Peradectidae étaient en effet endémiques à l’Amérique du Nord et à l’Europe, et ne se sont dispersés qu’une fois vers l’Europe peu après le PETM. L’origine retrouvée pour les « Herpetotheriidae » est cohérente avec la découverte de molaires d’un nouveau genre pré-PETM, le premier métathérien paléocène d’Europe, distinct des autres herpétothériidés avérés par la disposition plésiomorphe de ses cuspides stylaires. Les trois espèces de métathériens connues entre le PETM et l’ETM2, dont deux nouvelles, sont représentées à la fois au Nord et au Sud de l’Europe de l’Ouest. L’hypothèse de deux provinces biogéographiques Nord-Sud distinctes à cette période, suggérée par les faunes placentaires contemporaines, est donc nuancée. Au sein des herpétothériidés de l’Éocène inférieur, la dichotomie des genres panchroniques Peratherium/Amphiperatherium est abandonnée, et les espèces panchrononiques typiques de l’Éocène moyen s’avèrent absentes. Les métathériens restent relativement peu diversifiés en Europe durant l’Éocène inférieur, avec au moins 15 espèces valides. La diversité alpha des métathériens des localités fossilifères françaises augmente modestement lors de l’Éocène inférieur moyen, puis l’EECO. Malgré des différences de proportions du complexe fonctionnel protocône/talonide chez certains taxons, l’essentiel du partitionnement de niche entre espèces a dû s’effectuer sur la base de leur taille respective. Cette thèse souligne le rôle indispensable de l’anatomie dentaire comparée dans la compréhension de l’évolution des métathériens, particulièrement pour les groupes morphologiquement conservatifs.

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