Résumé
Les déchets menacent les écosystèmes marins. Cette problématique est réglementée dans les mers européennes par la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM), qui vise, par la mise en place de mesures, à atteindre ou maintenir un bon état écologique (BEE). Pour évaluer l'état des mers, le suivi des déchets marins est crucial et nécessite d'être standardisé. Cette thèse a été réalisée dans le cadre du programme Interreg MEDSEALITTER, visant à développer des méthodologies pour surveiller la distribution et l'impact des déchets marins dans les aires marines protégées de Méditerranée. L'objectif était de mettre en place des expérimentations via des méthodologies classiques, couramment utilisées pour la mise en œuvre de mesures règlementaires, et à travers des projets participatifs avec des scientifiques, pêcheurs et écoliers.Une expérience innovante a été mise en place pour tester la détectabilité de certains macro-déchets marins flottants (MDMF) par des observateurs formés à bord de petits navires (à une vitesse et un état de la mer donnés). En évaluant l'influence de la réverbération, de la taille des objets et de leur distance au bateau, cette étude a permis de définir un protocole optimal pour surveiller les MDMF depuis un petit navire.D'autres études ont consisté à évaluer l'impact des déchets sur les tortues Caouannes (Caretta caretta), une espèce indicatrice d'impact pour la DCSMM. En Méditerranée française, 77,75 % des 98 individus autopsiés (entre 2007 et 2019) avaient ingéré des déchets plastiques (≥ 1mm). Par ailleurs, l'analyse du contenu digestif de 21 tortues Caouannes, via l'observation visuelle et le métabarcodage d'ADN environmental, a permis d'étudier le régime alimentaire de ces animaux. Les différences entre ces deux méthodologies ont été discutées.Pour le suivi des impacts des micro-déchets (<5 mm), le contenu digestif de 100 Boops boops (provenant de Méditerranée française) a été analysé, suivant un protocole co-établi avec des experts internationaux pour mettre en place un nouvel indicateur d'impact des déchets pour la DCSMM. Cette étude a révélé que 47 % de ces poissons avaient ingéré des microplastiques. Ce résultat était fonction d'un protocole minutieux et chronophage qui devrait évoluer pour réduire le processus de digestion, prévenir la contamination ambiante, limiter la perte de microparticules et augmenter l'efficacité et l'ergonomie des spectromètres.Enfin, l'utilisation de méthodes collaboratives pour le suivi des déchets marins a été testée. Un programme, suivant les principes de la recherche action participative (RAP), a été mené pour impliquer pêcheurs et écoliers dans des projets environnementaux et les interroger sur la caractérisation des déchets collectés en mer. Une réflexion sur la perception de ces acteurs concernant la pollution plastique a émergé. Des sujets d'études scientifiques complémentaires, des méthodologies et des propositions d'actions ont été générés, encourageant la mise en œuvre de la RAP dans le cadre des politiques de surveillance des déchets.Certaines des actions précédemment citées ont été réalisées grâce à une relation de confiance entre les scientifiques et les pêcheurs de Méditerranée française. En effet, entre 2002 et 2020, 468 tortues marines capturées accidentellement ont été récupérées et ont permis de mener des programmes de sensibilisation et de collecter des données à des fins de conservation. Même si les relations entre les pêcheurs et scientifiques restent fragiles, les approches collaboratives ont permis de donner la parole aux pêcheurs, de valoriser leurs savoirs expérientiels, de favoriser leur implication environnementale et de renforcer leur collaboration avec les scientifiques. Ces approches sont complémentaires aux méthodologies classiques de surveillance des déchets marins et contribuent à acquérir des connaissances et à développer des programmes de sensibilisation et d'action.