Résumé
Photorhabdus laumondii TT01 est une bactérie entomopathogène associée aux nématode de la famille des Heterorhabditidae. Durant la phase stationnaire, Photorhabdus exprime une panoplie de métabolites secondaires spécialisés dont des antimicrobiens comme les stilbènes et les pigments jaunes d’anthraquinone. Comment Photorhabdus s’auto-protège contre ses propores métabolites demeure une question ouverte. Parmi les stratégies les plus connues qui confèrent une « MultiDrug-Resistance » (MDR) chez les bactéries figure l'efflux actif par des pompes. Le système d'efflux prototype de la superfamille « Resistance-Nodulation-Division » (RND) est la pompe AcrAB-TolC d'Escherichia coli. L’objectif principal de ce travail était de caractériser les pompes à efflux notamment de type RND, et de montrer leur implication dans l’export et la « self-résistance » aux antimicrobiens naturellement produits par P. laumondii TT01.Dans un premier temps, nous avons caractérisé les pompes à efflux de type RND chez P. laumondii TT01. Les mutations des gènes mdtA, acrA et acrA-like codant les pompes MdtABC, AcrAB et AcrAB-like, respectivement, nous ont permis de démontrer qu’AcrAB est la pompe majeure impliquée dans la MDR chez P. laumondii TT01. En effet, seuls les mutants ΔacrA et ΔmdtAΔacrA étaient plus sensibles que la souche sauvage « WT » aux antibiotiques, aux sels biliaires, aux colorants et aux détergents. D’autre part, les analyses transcriptionnelles ont montré que seule la pompe AcrAB est active in vitro, in vivo et post-mortem dans le cadavre de l’insecte. Son répresseur transcriptionnel local acrR était très mal exprimé en conditions de culture normale. De plus, ΔacrA et ΔmdtAΔacrA étaient moins virulents que la « WT » après injection à des larves de Spodoptera littoralis tout en étant aussi résistants que la « WT » aux peptides antimicrobiens naturellement produits par l’insecte.Ensuite, nous nous sommes intéressés à étudier l’implication de la pompe AcrAB dans la « self-resistance » chez P. laumondii TT01. D’une manière intéressante, nous avons observé que la « WT » exerce une activité antimicrobienne contre son mutant acrA alors que ce dernier n’a présenté aucune activité antimicrobienne contre lui-même. De plus, Les essais de compétition in vitro ont révélé que ΔacrA est moins compétitif que la « WT ». Nous avons aussi démontré par des essais de détermination des concentrations minimales inhibitrices que ΔacrA était plus sensible que la « WT » aux stilbènes. En parallèle les analyses d’HPLC-MS ont montré que ΔacrA présente des quantités beaucoup moindres de stilbènes dans son surnageant que la « WT ». D’autre part, nous avons démontré que la présence des pigments d’anthraquinone dans le surnageant de ∆acrA a été réduite par rapport à la « WT », ce qui explique la faible pigmentation de ses colonies par rapport à celles de la « WT » typiquement teintées en jaune.Enfin, nous avons investigué l’implication de la pompe AcrAB dans la survie de P. laumondii TT01. Les résultats du suivi de la survie des souches marquées de la WT et ∆acrA dans le cadavre de l’insecte ont montré qu’AcrAB n’est pas impliquée dans la survie chez P. laumondii TT01 en conditions de culture sans présence d’autres microorganismes.L’ensemble de ces résultats révèle l’effet pléïotrope de la pompe à efflux AcrAB chez P. laumondii TT01.