Résumé
La caractérisation de la crise de la biodiversité est une tâche complexe. La science de l'écologie s'efforce de comprendre et d'identifier les règles générales qui régissent, entre autres, les variations spatiales et temporelles de l’abondance des populations. Seulement, alors que nous accumulons de plus en plus de données et que nous visons à rendre les explications et les prédictions globales, il est de plus en plus difficile d’obtenir une approche quantitative cohérente de la crise de la biodiversité. L’image traditionnelle d’un déclin global est aujourd’hui remise en cause, donnant lieu à d’intenses débats dans la sphère scientifique. De plus, les bouleversements sont étudiés la plupart du temps au moyen d’approches linéaires, qui ne rendent pas compte de la complexité des dynamiques, alors qu'elle pourrait expliquer certaines divergences. En conséquence, la manière dont les pressions s’agrègent et impactent les dynamiques de la biodiversité à l’échelle mondiale est encore mal comprise. Cette thèse vise à clarifier, et à améliorer, notre compréhension de la crise de la biodiversité. Dans une première partie, je cherche à lever le voile sur les sources de confusion qui affectent l’estimation du déclin de la biodiversité. Cela me permet d’identifier des leviers pour obtenir une image globale la plus fidèle possible sur laquelle fonder nos représentations. J’étudie dans un premier temps les dimensions épistémiques, c'est-à-dire propres à la manière dont nous construisons nos connaissances, liées aux approches, aux données et aux méthodes employées pour quantifier la crise. Dans un second temps, j’étudie les dimensions éthiques, et interroge dans quelle mesure l’illusion de la neutralité scientifique, et la non prise en compte des valeurs contextuelles sont à la fois source de confusion mais aussi une entrave à la construction d’un savoir objectif. Dans une seconde partie, je cherche à dépasser certains biais méthodologiques mis en lumière. En utilisant des données de suivi de populations de vertébrés, j’étudie les trajectoires des populations à travers leur non-linéarité et leur variabilité temporelle, et questionne les déterminants macroécologiques de ces composantes. Je montre ainsi l’importance de la prise en compte de ces dernières d’un point de vue de la conservation, et témoigne de leur omniprésence à travers les différents habitats, régions et groupes taxonomiques étudiés. Enfin, dans une troisième partie, je relie ces composantes aux changements globaux que les populations subissent, en me concentrant sur les vertébrés terrestres. J’étudie notamment les impacts des changements de température, d’utilisation des sols et leurs effets synergiques. Je mets en évidence que c’est bien l’ensemble des composantes des dynamiques de populations étudiées qui sont impactées de manière différentielle par ces multiples pressions. Dans l’ensemble, cette thèse souligne l’importance de la prise en compte des complexités dans les dynamiques à la fois temporelles, au travers de l’utilisation de multiples composantes, mais également spatiales, en invitant à affiner les échelles d’études considérées pour attribuer au mieux les causes des changements. Au-delà de ces améliorations techniques, ce travail invite à repenser notre manière d’appréhender la biodiversité globale, en se reconnectant aux valeurs fondatrices de la sciences de la conservation ; et questionne de manière plus large le rôle de la science dans la déconstruction d’un système de dominations multiples, déconstruction sans laquelle “enrayer la crise environnementale” restera une illusion.