Résumé
Défait par les Romains, mort en captivité à Rome, Persée (212/179-168 av. J.-C.), le dernier des Antigonides, incarne depuis Polybe l’image du vaincu : son règne et sa fin tragique sont lus par l’historiographie et les sources littéraires comme la fin d’un monde, celui des monarchies hellénistiques appelées à laisser la place au nouvel ordre romain. Elles l’ont en conséquence décrit comme un souverain fin de race, indigne de l’héritage d’Alexandre et responsable de sa destruction.La critique moderne a depuis longtemps identifié, de façon ponctuelle, certaines des limites et défauts d’objectivité de la tradition antique vis-à-vis du dernier roi de Macédoine. Cette thèse entend mener l’analyse de façon exhaustive, pour comprendre comment cette tradition s’est construite et mettre en évidence ses biais et les lieux communs autour desquels elle a construit la figure de Persée. En constituant un corpus des sources épigraphiques – nettement augmentées depuis la dernière monographie de P. Meloni (1953) grâce aux progrès des fouilles –, en tenant compte des acquis récents de la numismatique et, plus marginalement, de l’archéologie, et en s’interrogeant sur les limites de l’écriture biographique, l’objectif est d’établir une synthèse détaillée et problématisée de la figure du roi et de son règne et de déterminer dans quelle mesure il est possible, lorsque l’on s’affranchit des postures téléologiques et du déterminisme rétrospectif imposé par la tradition polybienne, d’approcher un Persée historique. L’étude considère aussi la postérité de Persée dans l’iconographie et dans la littérature, de l’époque médiévale à l’époque contemporaine, et les récentes instrumentalisations nationalistes de la mémoire du dernier Antigonide.