Résumé
La localisation de la déformation est omniprésente sur Terre. Son expression première est la Tectonique des plaques, dont le mouvement à grande échelle implique une concentration de la déformation en des limites étroites relativement aux surfaces en jeu. Ce phénomène est le résultat d’une combinaison de processus physico-chimiques qui interviennent à l’échelle de l’agrégat voire du cristal et qui sont fonction de facteurs locaux. En outre, les processus qui initient la déformation interagissent entre eux et avec les microstructures qu’ils produisent à des échelles de temps plus rapides que le mouvement des grandes structures géologiques. Les études des massifs de l'île de Zabargad, Mer Rouge, Turon de la Técouère, Pyrénées et de Sapat, Pakistan, ont permis d'apporter plusieurs contraintes sur les conditions d'occurrence des divers mécanismes de déformation ayant affecté les roches par une combinaison d'observations optiques, de quantification des orientations cristallographiques et d'analyses chimiques. Ces études pétrostructurales ont montré une localisation de la déformation associée à un transport réactif de fluides ou de liquides magmatiques synchrone.Les zones de cisaillement extensionnelles présentes à Zabargad et à Turon de la Técouère, formées dans un contexte de rift continental, mettent en avant un rôle conjoint du fluage dislocation, présent tout au long de l'histoire des massifs à travers une symétrie de l'olivine et une réduction de taille de grain par recristallisation dynamique, avec une dissolution précipitation de plus en plus importante mise en avant par les formes corrodées des porphyroclastes et la formation de bandes de néoblastes aux formes interstitielles, parallèles à l'élongation des porphyroclastes et aux bandes d'olivines recristallisées. Cette matrice à grains fins occupe une surface de plus en plus grande dans les lames et présente des caractéristiques de réaction avec un fluide aqueux dans le cas de Zabargad, avec l'apparition d'un litage compositionnel d'amphiboles et d'olivines qui semble avoir facilité la déformation à travers une chenalisation progressive des fluides et un équilibre thermodynamique atteint seulement localement. Ce stade ne semble pas avoir été atteint à Turon de la Técouère, qui semble se déformer dans des conditions plus sèches avec un fluide en équilibre métastable, et dont les contacts rectilignes entre bandes de grains de différentes tailles tendent à indiquer une déformation accommodée de manière moins graduelle.Les zones de percolation de magma du massif de Sapat, formées dans le manteau sommital à l'aplomb d'un arc volcanique intraocéanique, mettent également en évidence une déformation assistée par la présence d'un fluide, cette fois magmatique. Le protolithe y enregistre ainsi une percolation pervasive de direction générale E-W variable, avec des zones dunitiques en forme de lentilles verticales, enrichies localement en spinelle et en clinopyroxène qui évoluent en leur centre en des lentilles de webstérite puis gabbro, elles-mêmes parallèles. Les marqueurs d'un fluage dislocation sont encore présents dans les olivines avec une symétrie axiale-[100] dans tous les échantillons, une réduction de taille de grain comme effet conjugué d'un recuit en présence d'une deuxième phase qui empêche la croissance par pinning. Les infiltrations de ces magma de compositions différentes dans les roches sont synchrones de la déformation, marquées par un contact diffus et un parallélisme entre les bandes riches en magma et les bandes d'olivine se déformant à l'état solide, une faible déformation intragranulaire des phases issues de la cristallisation fractionnée, et des orientations cristallographiques des grains nouvellement cristallisés parallèles à la linéation. Les limites de ces grains, très sinueuses sur la microstructure préexistante, suggèrent un arrêt de la déformation après cristallisation totale du magma.