Résumé
L’ensemble des étapes de la chaîne opératoire métallurgique, depuis l’extraction minière jusqu’à la fabrication des objets finis, exerce un impact significatif sur l’évolution des milieux. Le sud du Massif central, riche en minéralisations polymétalliques, est marqué par une anthropisation métallurgique précoce et continue, depuis le Néolithique final jusqu’à l’époque contemporaine, avec des intensités variables au cours des cinq derniers millénaires.Afin d’analyser cet impact dans une perspective diachronique et à différentes échelles spatiales, deux types d’archives ont été mobilisés. Le site métallurgique du Planet (Fayet, Aveyron), daté du Néolithique final, a permis d’étudier la dispersion des éléments traces métalliques (ÉTM) dans un contexte métallurgique préhistorique en environnement alluvio-colluvial. Pour inscrire l’étude dans une perspective temporelle longue, des tourbières minérotrophes situées dans deux zones de la frange méridionale du Massif central - le Mont Lozère et le Haut-Languedoc (Monts de Lacaune et Mont Caroux) - ont également été mobilisées. Ces archives retracent l’évolution des milieux sous l’influence conjointe des forçages climatiques et anthropiques, parfois depuis le Tardiglaciaire et tout au long de l’Holocène. Elles fournissent deux principaux types de traceurs utilisés dans cette thèse : les ÉTM, pour reconstituer les dynamiques métallurgiques, et les éléments lithogéniques, qui renseignent sur les dynamiques détritiques. Ce travail vise ainsi à documenter les activités métallurgiques et les processus détritiques qui les accompagnent.Dès le Néolithique final, les activités métallurgiques montrent un impact notable, bien que spatialement limité, avec une paléopollution significative, comme l’illustre le site du Planet. L’Âge du fer marque une intensification des indices métallurgiques observés dans les archives, tandis que l’Antiquité et l’Antiquité tardive apparaissent également comme des périodes clefs. Cette dynamique se poursuit au Moyen Âge, en particulier au Moyen Âge central, ainsi qu’aux époques moderne et contemporaine.L’évolution des milieux étudiés résulte d’une combinaison de forçages anthropiques - principalement agropastoraux et métallurgiques - et de forçages paléoclimatiques. À partir de l’Holocène moyen, les phases d’augmentation des apports minéraux dans les systèmes tourbeux coïncident avec des périodes d’intensification de la pression anthropique, tandis que les variations paléoclimatiques offrent un cadre d’expression à ces dynamiques. Les résultats obtenus montrent que les activités métallurgiques jouent un rôle structurant dans l’évolution des milieux. Toutefois, c’est la conjonction des activités humaines et des contextes paléoclimatiques qui dessine les contours de ces transformations. L’impact métallurgique, bien que partiel, laisse une empreinte pérenne sur les paysages du sud du Massif central, façonnant leur évolution sur plus de cinq millénaires.