Résumé
Cette thèse explore la manière dont des élèves de 6ᵉ construisent leur rapport à l'espace géographique en confrontant leurs savoirs d'expérience aux savoirs scolaires, dans un contexte insulaire ultramarin, La Réunion. Ancrée dans la didactique de la géographie et mobilisant une approche interdisciplinaire (géographie, sciences de l'éducation, phénoménologie, sociologie, sciences du langage), la recherche s'appuie sur des concepts centraux comme l'habiter, la territorialité et le géopartage pour analyser comment les élèves perçoivent, représentent et pratiquent leur espace. Le dispositif expérimental, étalé sur une année scolaire, comprend trois phases. Lors de la première, les élèves visualisent leur espace proche à l'aide d'outils numériques, cartographiant leurs pratiques spatiales. La deuxième phase est dédiée à l'exploration de terrain, où les élèves parcourent physiquement cet espace en produisant des récits associant approches subjectives et observations objectives. La troisième phase, consacrée au géopartage, permet aux élèves de confronter leurs représentations individuelles dans un cadre collectif, favorisant une co-construction des savoirs géographiques. Les résultats montrent que les élèves perçoivent leur espace à travers trois dimensions : sensible (émotions, sensations), pratique (usages) et représentationnelle (cartes mentales, récits). Ces dimensions évoluent tout au long du dispositif, témoignant d'une appropriation progressive des savoirs. Le géopartage joue un rôle clé en confrontant les points de vue et en enrichissant les représentations spatiales des élèves. L'approche proposée, combinant expériences de terrain et outils numériques, favorise un apprentissage contextualisé et intégré, en valorisant les savoirs d'expérience comme levier pédagogique. Cependant, la mise en œuvre de cette approche présente des défis : légitimité encore limitée des savoirs d'expérience, contraintes matérielles pour organiser des sorties de terrain, et besoin de formation des enseignants à ces pratiques innovantes. Malgré ces limites, la thèse propose une méthodologie originale pour intégrer les dimensions expérientielles et collaboratives dans l'enseignement de la géographie. Elle démontre l'importance d'un espace augmenté — exploré, visualisé et représenté — comme cadre didactique permettant aux élèves de croiser leurs perceptions et représentations de l'espace avec des savoirs géographiques abstraits. En conclusion, cette recherche contribue à renouveler l'enseignement de la géographie en valorisant une approche culturaliste et expérientielle. Elle invite à repenser les pratiques pédagogiques pour intégrer pleinement les expériences spatiales des élèves, tout en proposant des outils méthodologiques transférables à d'autres environnements éducatifs.