Résumé
Les tétranyques tisserands Tetranychus evansi et T. urticae sont des acariens ravageurs difficiles à contrôler en culture de tomate en serres. Leur capacité à développer rapidement des résistances aux acaricides les plus couramment utilisés, mais également l’exsudation de composés toxiques pour les prédateurs par des solanacées pileuses comme la tomate, et enfin les faibles humidités relatives régulièrement observées en serres de tomate sont autant de paramètres qui affectent l’efficacité des méthodes de lutte utilisées jusqu’à aujourd’hui. Un acarien prédateur de la famille des Phytoseiidae, Phytoseiulus longipes, est un candidat potentiel pour contrôler les pullulations de T. evansi et T. urticae. Des quatre populations connues de ce prédateur, deux (une argentine et une brésilienne) sont capables de se développer et de se reproduire lorsqu’elles sont nourries avec T. evansi sur tomate, alors que les deux autres (chilienne et sud africaine) ne le peuvent pas. Après avoir montré que toutes ces populations appartenaient à la même espèce, des travaux concernant les traits d’histoire de vie et l’attraction de plusieurs de ces populations pour des combinaisons d’espèces de proie et de substrats végétaux ont permis de caractériser des interrelations au sein du système tritrophique tomate – tétranyques tisserands – P. longipes et de confirmer qu’il existe bien deux comportements alimentaires distincts chez P. longipes. Ces différences pourraient être la conséquence d’une spécialisation du prédateur pour T. evansi, induite par une coévolution entre P. longipes et le complexe tomate – T. urticae et/ ou tomate – T. evansi. L’étude de la réponse physiologique de P. longipes aux faibles humidités relatives a montré que celui-ci fait partie des quatre Phytoseiidae connus les plus tolérants à la sécheresse. De plus, l’analyse des risques non intentionnels d’une introduction de P. longipes, ainsi que la confirmation, par des études en conditions semi-réelles de culture, que celui-ci peut contrôler les populations de T. evansi et T. urticae en serres de tomate, font de ce prédateur un excellent candidat en tant qu’agent de lutte biologique pour lutter contre les tétranyques tisserands en cultures protégées de tomate en Europe.