Résumé
Le contrôle du paludisme repose essentiellement sur la lutte antivectorielle. Cette lutte s'appuie en grande partie sur l'utilisation des insecticides tels que les pyréthrinoïdes. Les pyréthrinoïdes qui sont couramment utilisés sur les moustiquaires imprégnées d'insecticides (MII) mais aussi dans la pulvérisation intra domiciliaire ont contribué substantiellement dans la réduction des cas de paludisme. Cependant, l'usage intensif de ces insecticides a conduit au développement de mécanismes de résistance physiologique chez les moustiques vecteurs du paludisme. Au-delà de cette résistance qui été assez bien caractérisée, des observations faites sur le terrain montrent que les moustiques vecteurs de paludisme peuvent développer des mécanismes d'adaptation comportementale pour éviter le contact avec les outils de lutte. Ces différents mécanismes d'adaptation comportementale permettraient aux moustiques d'éviter les effets néfastes des molécules chimiques. Toutefois, les modalités de ces adaptations comportementales qui s'apparentent à de la résistance comportementale n'ont pas été étudiées et demeurent donc peu comprises. L'objectif de cette thèse était d'étudier les modalités de la détection à distance de pyréthrinoïde largement utilisés en lutte antivectorielle tels que la perméthrine, la deltaméthrine et l'alpha cyperméthrine par les vecteurs de paludisme en prenant en compte les caractéristiques physico-chimiques de ces molécules chimiques qui peuvent affecter la détection sensorielle et conduire à une modification de comportement des moustiques.En nous appuyant sur des approches comportementales nous avons d'abord montré que les femelles Anopheles gambiae étaient capables de détecter à distance ces insecticides utilisés en lutte antivectorielle. Ensuite, pour mieux appréhender les modalités de cette détection à distance, nous avons combiné des méthodes d'essais comportementaux et électrophysiologiques pour mettre en évidence les organes sensoriels ainsi que les récepteurs olfactifs des anophèles responsables de cette détection. D'une part ces expériences ont révélé que les tarses de Anopheles gambiae semblent être les principaux organes sensoriels impliqués dans cette détection à distance de la perméthrine. D'autre part la perméthrine a provoqué des réponses électriques antennaires (EAG) et tarsales (ETG) des anophèles et l'amplitude des réponses augmentait en fonction de la dose de l'insecticide et de la température, suggérant des valences différentes de l'insecticide selon s'il est détecté via les tarses (déclenchement d'une réponse comportementale) ou les antennes (pas de réponse comportementale). Enfin, des expérimentations d'électrophysiologie utilisant l'expression hétérologue de récepteurs olfactifs chez la drosophile ont montré qu'An. gambiae serait capable de détecter une large gamme de pyréthrinoïdes, les composés naturels ayant inspiré les composés de synthèse ainsi que les composés de dégradation de la perméthrine par le biais de son système olfactif, notamment le récepteur olfactif 30 An. gambiae.En parallèle, nous avons réalisé des collectes d'air intérieur d'une pièce contenant successivement trois types de MII, puis procédé à des analyses chimiques. Les résultats des analyses chimiques ont permis de mettre en évidence la présence dans l'air des pyréthrinoïdes et ouvre la possibilité de la détection à distance des outils de lutte antivectorielle par les moustiques.Ainsi, nos résultats suggèrent la capacité des moustiques vecteurs su paludisme à détecter les outils de lutte antivectorielle à distance. Cette capacité pourrait favoriser l'évolution des modifications comportementales en leur permettant d'éviter ou de réduire l'effet délétère des insecticides et, par conséquent, pourrait conduire au développement d'une résistance comportementale.