Résumé
Croisant des sources françaises, laotiennes et japonaises, cette thèse analyse la formation des élites laotiennes pendant la période coloniale ainsi que leurs activités politico-administratives jusqu’à l’indépendance du Laos. Elle couvre la période allant de l’installation française au Laos, dans les années 1880, jusqu’aux négociations menant à l’indépendance du pays, à la fin des années 1940, en adoptant la perspective des élites laotiennes sur leur pays et ses transformations. La première partie examine l’instauration du système administratif et éducatif colonial au Laos, qui n’a produit qu’un nombre restreint d’élites laotiennes, principalement issues du nord. Elle explore également le rôle de ces élites dans l’administration coloniale et leurs initiatives pour défendre les intérêts laotiens, notamment à travers l’Assemblée consultative indigène et les associations. La seconde partie se concentre sur le rôle des élites et leur conception d’un Laos indépendant, après le coup de force japonais en mars 1945 ainsi qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Elle met en lumière, non seulement les activités du groupe des élites rassemblé autour de Phetsarath, mais également celles des figures qui ont rejoint les résistants français, telles que Kindavong de Luang Prabang et Boun Oum de Champassak. Enfin, la dernière partie aborde leurs tentatives de négociation pour l’indépendance du Laos, entre elles et avec la France. Elle analyse comment ces élites ont remis en question l’organisation territoriale et les systèmes politico-administratifs instaurés pendant la période coloniale, tout en cherchant à construire et préserver un pays émergent, marqué par le manque d’élites capables de le gouverner. En mettant en lumière la prise de position des Laotiens eux-mêmes, cette thèse contribue à combler la carence des études sur le développement du nationalisme au Laos, un sujet encore peu exploré jusqu’à présent.