Résumé
Que reste-t-il des cours de français ? Cette thèse propose un modèle pour décrire les souvenirs disciplinaires d'élèves de collège. En m'appuyant sur les travaux en psychologie et en philosophie de la mémoire, j'ai identifié trois types de souvenirs déclaratifs : les souvenirs épisodiques, subsomptifs et sémantiques. Les travaux existants en didactique mont incitée à me tourner vers les souvenirs épisodiques et subsomptifs. En effet, le français n'est pas, ou pas seulement, une discipline du « par coeur ». Une approche socio-didactique ma permis d'interroger le temps et la mémoire dans un cadre plus large : le rapport au temps et aux souvenirs ne se construit pas exclusivement dans un cadre scolaire. J'ai mené une séquence didactique à visée de recherche dans trois classes de troisième d'un collège défavorisé. Un corpus d'extraits de récits de cours de français a permis de déclencher des réminiscences, et le dispositif didactique a accompagné leur mise en récit. Ce protocole a été complété, pour huit élèves, par un entretien outillé sur les récits produits. L'analyse des résultats montre que les souvenirs de cours de français n'évacuent ni la littérature, ni les contenus étudiés. Cependant, les élèves ont tendance à adapter leurs stratégies pour réussir : ainsi, l'injonction au souvenir de la diégèse les incite à privilégier les recherches sur l'oeuvre par rapport à la lecture de l'oeuvre, ce qui contrevient à l'objectif initial. Par ailleurs, l'analyse de la mémoire disciplinaire des élèves montrent que les meilleures construisent un paysage mémoriel, alors que les moins bons organisent un catalogue d'événements ponctuels. La pratique familiale du récit semble en être un facteur de premier plan. La conscience disciplinaire souvent cristallisée autour d'enjeux langagiers entraine aussi un malentendu : d'un point de vue mémoriel, les élèves laissent de côté les cours de littérature parce qu'iels ne correspondent pas à leur définition de la discipline. Enfin, cette mémoire disciplinaire a un impact sur la réussite des élèves au présent : tou·tes, ou presque, construisent des anticipations à partir de leurs souvenirs, mais celles-ci dépendent de la structure de leur mémoire disciplinaire. C'est que le français demande implicitement aux élèves de se construire un sujet disciplinaire, doté d'expériences passées, et de connaissances sur ses gouts et sur ses capacités. Le récit de soi en tant que sujet disciplinaire est donc un enjeu majeur pour la réussite scolaire.