Résumé
Les problèmes sanitaires et environnementaux causés par les pesticides chimiques poussent à concevoir et à déployer des alternatives capables de contourner le recours à ces technologies problématiques, dans la lutte contre les moustiques et contre les insectes causant des pertes en agriculture. Cette recherche s’intéresse plus particulièrement à la promesse que représente, en France, la Technique de l’Insecte Stérile (TIS), et montre comment le développement de cette technologie de biocontrôle transforme le vivant, la science et la société – mais de manière mesurée. Portée par des chercheurs prudents, la TIS est une promesse modeste qui s’inscrit dans un imaginaire techno- régulationniste, à mi-chemin entre la volonté de transition écologique et le maintien des cadres existants. Nous analysons le travail aux frontières mené par les biologistes qui promeuvent la TIS – entre science, société, technologie, humains et vivants non-humains, laboratoires publics et marché – et montrons comment cette action située dans les marges conduit à des transformations à la marge. Cette posture précautionneuse traduit une tension plus large : comment agir prudemment et présenter une promesse modeste pour répondre aux crises écologiques, dans un cadre institutionnel qui valorise des promesses technoscientifiques fortes et rapidement transférables vers le marché ? En développant les notions de promesse modeste et d'imaginaire "techno-régulationniste", cette thèse permet de trouver une troisième voie entre visions techno-critiques et techno-solutionnistes, et de contribuer aux réflexions autour de la place des innovations technologiques et des scientifiques dans la transition agroécologique.