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Faire-commun par les modèles : une géographie située des futurs possibles de la forêt en Zone Sylvo-Pastorale du Sénégal
Thèses et HDR

Faire-commun par les modèles : une géographie située des futurs possibles de la forêt en Zone Sylvo-Pastorale du Sénégal

François Vendel
Doctoral, GAIA (ED 584)
18/12/2025

Résumé

Companion modeling ComMod, Actor-Network Theory, Commons Sylvopastoralism, Senegal, Agent-Based modeling & Simulation Modélisation d’accompagnement (ComMod), Sociologie de la traduction, Communs, Sylvopastoralisme, Sénégal, Modélisation à base d’agents & Simulation
Cette thèse s’inscrit dans le cadre des efforts de lutte contre la désertification au Sahel, notamment à travers le projet Grande Muraille Verte. Elle analyse la gouvernance des ressources sylvo-pastorales en combinant les notions de Communs et la modélisation d’accompagnement (ComMod), afin de développer une géographie située des futurs possibles.En appui au programme Dundi Ferlo, qui rassemble un consortium composé d’ONG spécialisées dans le pastoralisme et la reforestation, ainsi que des instituts de recherche, des collectivités locales, des autorités coutumières (chefs de village) et les services forestiers sénégalais, cette recherche répond à la question suivante : comment l’articulation des Communs et la modélisation d’accompagnement (ComMod) permet-elle de concevoir, tester et négocier des dispositifs de reforestation compatibles avec les dynamiques du pastoralisme mobile ?La démarche vise à réduire les inégalités de pouvoir entre les participants. Elle propose de "faire-commun par les modèles" en accompagnant la gouvernance des ressources sylvo-pastorales dans le Ferlo (Sénégal), un territoire marqué par des reconfigurations foncières et institutionnelles liées au pastoralisme mobile. Le cadre théorique associe la sociologie de la traduction à l’approche par les communs, en envisageant les Communs comme des « réseaux de traductions normatives ». La méthodologie repose sur ComMod conçue comme une recherche-action participative, visant à co-produire des connaissances utiles dans un contexte précis avec une perspective de géographie située des futurs.Au cœur du dispositif, le modèle à base d’agents DundiModel a été co-construit lors d’ateliers sur le terrain. Ce modèle agit comme un objet-frontière permettant d’expliciter hypothèses et controverses. Il formalise et explore les conséquences d'hypothèses issues de savoirs divers. Deux contributions principales structurent la démarche : (i) une ingénierie stigmergique qui cumule et rend traçables les empreintes du processus (schémas conceptuels, versions du code, paramètres, comptes rendus) et facilite la révision informée des objectifs et des règles, (ii) une exploration massive et organisée du modèle (analyses de sensibilité, profils de calibration, Pattern Space Exploration) qui délimite l’espace des futurs possibles et renforce la plausibilité des scénarios.Les résultats montrent que la variabilité climatique et la démographie pastorale dominent les trajectoires futures. Les pratiques pastorales ont un impact limité sur la déforestation mais une influence plus forte sur la régénération des arbres ligneux. Pour des conditions climatiques et démographiques données, les stratégies pastorales (calendrier, formations) peuvent favoriser une densité d’arbres allant jusqu’à 110 arbres/ha dans un scénario favorable, comparé à 80 arbres/ha dans un scénario défavorable (contre 70 arbres/ha aujourd’hui). En revanche, ces stratégies coûtent au bien-être pastoral (formation des bergers, structure des troupeaux, état corporel des animaux). Dans tous les cas, le modèle montre que les gains forestiers restent coûteux pour l’économie pastorale.Ces résultats invitent à reconsidérer les controverses : plutôt que de stigmatiser le pastoralisme mobile, il s’agit de négocier les mobilités saisonnières, les règles d’accès et les clôtures de reforestation pour permettre à la fois reforestation et bien-être pastoral. Les politiques doivent tenir compte des régimes climatiques et des dynamiques pastorales, penser à l’échelle des systèmes de mobilité et adopter une planification polycentrique, en s’appuyant sur des indicateurs fonctionnels. Le modèle proposé est volontairement limité et ne représente pas toutes les dimensions du système agro-sylvo-pastoral du Ferlo. Il sert surtout d’espace de dialogue informé plutôt que d’outil prescriptif.Méthodologiquement, la thèse propose une grammaire opératoire du "faire-commun par les modèles" : enregistrer et cumuler les traces des apprentissages, de la co-construction du modèle jusqu'à l'exploration des scénarios pour cartographier des futurs situés et négociables des communs sylvo-pastoraux dans le Ferlo.

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