Résumé
Pour faire face aux enjeux alimentaires, sociaux et écologiques actuels, nos systèmes agroalimentaires doivent transitionner vers des modèles plus productifs, plus durables et plus résilients. Pour accompagner cette transition, l’amélioration des stratégies de lutte contre les bio-agresseurs représente un axe majeur qui permettrait i) d’augmenter le rendement agricole et ii) de réduire l’impact délétère de l’agriculture sur l’environnement. Pour cela, la mise en place d’une protection intégrée des cultures (i.e. combinaison de méthodes prophylactiques et curatives, permettant de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse) représente une stratégie pertinente. La mise en place d’une telle protection requiert une bonne compréhension i) du cycle épidémique des maladies ainsi que ii) des facteurs biologiques et écologiques impactant son déroulement. Malgré un effort de recherche depuis les trois dernières décennies, ces deux prérequis ne sont pas remplis pour la maladie des pieds chétifs du blé (PCB). Cette virose, causée par le virus des pieds chétifs (WDV) et transmise par la cicadelle Psammotettix alienus, est associée à d’importantes pertes de rendements sur les céréales à paille. Dans cette thèse, l’impact de facteurs biologiques et écologiques sur les interactions Poaceae-WDV-P. alienus a été évalué. Pour cela, des paramètres associés aux interactions plante-virus (i.e. taux d’infection, accumulation virale et/ou taux de transmission) et plantevecteur (i.e. préférences, survie et fécondité) ont été mesurés en conditions contrôlées. Ces paramètres sont impliqués dans l’introduction et la propagation du WDV au sein de populations végétales, ce qui a permis de formuler des hypothèses sur les processus épidémiques des PCB. Les données acquises au cours de cette thèse suggèrent que les caractéristiques hôtes (e.g. statut et/ou qualité hôte pour WDV et P. alienus, qualité source pour le WDV ; i.e. facteurs biologiques) d’espèces de Poaceae non-cultivées (PNC) et de variétés céréalières sont des déterminants essentiels de l’introduction et/ou de la propagation des PCB dans les compartiments non-cultivés et cultivés. Ces résultats ont permis d’identifier i) une variété d’intérêt qui pourraient permettre de limiter le processus épidémique en parcelles céréalières (e.g. var. Filon) et ii) des espèces de PNC potentiellement clés pour le maintien de P. alienus ainsi que du WDV durant l’inter-culture (e.g. Arrhenatherum elatius, Bromopsis erecta, Bromus hordeaceus, Bromus sterilis et Phalaris arundinacea). En complément, les actions de recherche menées au cours de ma thèse ont permis de montrer que les qualités hôte et/ou source d’espèces végétales sont dépendantes de facteurs écologiques (i.e. co-infections entre espèces virales et composition de populations végétales artificielles). Ces résultats indiquent que le processus épidémique des PCB n’est pas le seul produit des interactions Poaceae-WDV-P. alienus. Ainsi, afin d'améliorer la stratégie de gestion de cette maladie, la prise en compte de l'environnement biotique dans lequel une épidémie se développe est nécessaire pour mieux comprendre la dynamique d'introduction et de propagation des PCB. Les travaux de ma thèse participent à la création d’un corpus de connaissances sur l’épidémiologie des PCB, qui permettra à termes d’identifier i) des situations à risques de PCB en parcelles agricoles et ii) des méthodes de lutte contre cette virose. L’ensemble des actions menées sur cette thématique sont essentielles afin de disposer, dans le futur, de stratégies de protection intégrées et proportionnées contre les PCB.