Résumé
La présence omniprésente du « background risk » (e.g., les catastrophes naturelles, les crises économiques et les conflits sociaux) a des implications profondes pour les processus de décision humaine. Bien que de nombreuses études aient examiné la prise de risque dans des environnements avec background risk, notre compréhension du comportement prosocial dans de tels contextes reste limitée. Cette thèse cherche à combler cette lacune en analysant comment l'exposition au background risk influence les préférences sociales. Le chapitre 1 étudie le comportement de don dans le cadre du jeu du dictateur, en présence et en absence de background risk. Nous analysons plus particulièrement les décisions de don ex ante, i.e., avant la résolution d'un risque exogène, additif et de moyenne nulle. L'étude inclut des modèles tels que l'altruisme pur, l'équité ex ante, et l'aversion à l'inégalité ex post (Fehr and Schmidt, 1999, FS; Bolton and Ockenfels, 2000, BO). Une différence majeure avec les recherches antérieures est que nous nous concentrons sur l'exposition commune, où tous les participants font face au même risque. Nous prévoyons que les dictateurs purement altruistes, tout en montrant une vulnérabilité au risque, peuvent ajuster à la hausse ou à la baisse leurs dons selon le poids qu'ils attribuent à l’utilité des autres participants. Les dictateurs motivés par l’équité ex ante ou par FS restent inchangés, bien que pour des raisons distinctes. Les BO dictateurs tendent à allouer plus lorsque l'écart attendu par rapport à une répartition égale s’accroît sous risque. Nous étendons cette analyse au jeu de l’ultimatum, en prédisant que le background risk réduit les intervalles d’acceptation pour les BO répondeurs. Le chapitre 2 développe cette analyse par une expérience en laboratoire, examinant le comportement de don sous background risk. Plusieurs études ont montré que les participants donnent généralement moins dans des contextes probabilistes de jeu du dictateur. Notre expérience propose une approche différente en introduisant un risque exogène, dont la distribution de probabilité est indépendante des choix des dictateurs. Nous étudions l'exposition unilatérale et commune au background risk, en intégrant les prédictions des modèles d'équité ex ante, FS, et BO. Nous trouvons que l'exposition au risque n’a pas d’impact significatif sur le montant moyen des dons. Cependant, elle resserre la distribution des dons autour de la moyenne, en particulier lorsque les dictateurs sont les seuls exposés. Autrement dit, les individus tendent à donner moins (Engel, 2011) qu’ils ne le feraient dans un environnement sans risque. Nous formulons l’hypothèse que les individus simplifient leurs décisions face à une complexité accrue, conformément aux découvertes expérimentales récentes de Oprea (2020). Le chapitre 3 utilise une approche de laboratoire sur le terrain pour élargir l'analyse des préférences sociales en intégrant la confiance, la réciprocité et la coopération. Nous avons mené des jeux économiques avec des villageois locaux exposés à des risques volcaniques liés au mont Semeru (Java oriental, Indonésie). Comparé aux chapitres précédents, le concept de background risk y est défini plus librement, ressemblant à une menace commune avec une distribution de probabilité incertaine. L’hypothèse principale est que vivre dans des zones risquées favorise une plus grande prosocialité, vue comme une adaptation comportementale aux conditions de vie incertaines et défavorables. Toutefois, nos résultats montrent que vivre dans ces zones n'influence pas directement les préférences distributionnelles (comme dans le chapitre 2) ni d'autres préférences sociales. Nous relevons néanmoins des effets négatifs liés à l’expérience des éruptions historiques. Ces résultats soulignent la nécessité de stratégies de récupération post-catastrophe pour contrer la perte de capital social à long terme et renforcer la résilience des populations exposées au risque.