Résumé
L’une des remarquables originalités de la flore néo-calédonienne repose sur la présence de nombreuseslignées correspondant aux premières divergences des plantes à fleurs, compte tenu de leurs positionsphylogénétiques. Au sein de ces lignées, certaines espèces sont susceptibles de porter des traits morphoanatomiquesancestraux. Par conséquent, dans un contexte comparatif, l'étude de ces espèces peut fournir desinformations cruciales pour comprendre les premières étapes évolutives des angiospermes. Un premier volet decette thèse vise à étudier des caractéristiques structurelles et fonctionnelles des groupes représentatifsd’angiospermes basales. L'étude d'Amborella trichopoda, espèce sœur de toutes les angiospermes, nous a montréune covariation des traits fonctionnels (tige-feuille) et une plasticité morphologique en réponse à des variationsde l'environnement lumineux. Cela suggère que ces réponses plastiques étaient déjà présentes chez l'ancêtrecommun de toutes les plantes à fleurs. En parallèle, l’étude de l'évolution anatomique des Piperales, ordre le plusriche parmi les angiospermes basales, suggère que leur ancêtre commun aurait possédé un cambium actif. Cesrésultats supportent que les premières angiospermes avaient une forme de vie ligneuse et une probable structuresympodiale.Les angiospermes basales comptent parmi les lignées d'angiospermes surreprésentées en Nouvelle-Calédonie. Cependant, les mécanismes à l’origine de cette dysharmonie demeurent inexplorés. Un deuxièmevolet de cette thèse analyse la répartition environnementale des angiospermes basales de l'archipel afin deconnaitre leurs préférences en termes d’habitats, ainsi que leurs exigences environnementales. Cette distributionenvironnementale a également été analysée au regard de leur résistance à la sécheresse. Nous montrons que laplupart des espèces présentent une préférence marquée pour des habitats de forêt humide avec des faiblesvariations en température. La vulnérabilité hydraulique face à la sécheresse apparaît comme un trait majeur quiconfine la distribution de ces espèces dans des habitats humides. Ces conditions auraient persisté dans des zonesrefuges dans l'archipel lors de la dernière période glaciaire, permettant ainsi le maintien de certaines lignéesd’angiospermes basales. Une stabilité climatique passée pourrait donc être à l'origine de la surreprésentation decertains groupes d'espèces forestières qui ont disparu dans les régions voisines. La distribution des angiospermesbasales néo-calédoniennes, ainsi que leur sensibilité à la sécheresse, supportent l'hypothèse suggérant que lespremières angiospermes habitaient des milieux humides et stables.