Résumé
La capacité des passereaux insectivores à ajuster leur période de reproduction aux variations de température printanière (plasticité phénologique) leur est cruciale pour rester synchrones avec leurs principales proies (insectes et autres invertébrés) malgré les changements de saisonnalité climatique. Certaines études suggèrent que cette plasticité phénologique varie entre espèces, et pourrait être réduite dans des habitats de moindre qualité, comme les milieux urbains, où les signaux de saisonnalité environnementale (phénologie, abondance des ressources) sont altérés. Cette thèse vise à identifier l’origine des variations de la plasticité phénologique dans l’espace au sein des espèces, et entre espèces, de passereaux européens. Elle s’appuie sur l’analyse de données issues de suivis à long-terme en nichoirs et par captures au filet en période de reproduction. Dans une première partie, nous examinons l’effet de différentes pressions anthropiques sur la plasticité phénologique de deux espèces modèles : la mésange charbonnière (Parus major) et la mésange bleue (Cyanistes caeruleus). Nos résultats montrent que, chez la mésange bleue, la plasticité phénologique est plus faible en milieu agricole, et chez la mésange charbonnière, elle est plus faible en milieu urbain. La deuxième partie explore les variations de plasticité chez 50 espèces européennes. Nous montrons que la distance de migration (entre les aires de reproduction et d’hivernage) est le principal facteur expliquant des différences de plasticité entre espèces, tandis qu’au sein des espèces, les populations exposées à des environnements plus chauds et prédictibles présentent une réponse plus plastique. Enfin, la dernière partie évalue les conditions dans lesquelles il est possible d’inférer de manière robuste la phénologie de reproduction – et ses variations entre sites et années - à partir de suivis longitudinaux de structure en âge. Les résultats obtenus au cours de cette thèse démontrent que, bien que la plasticité phénologique soit largement conservée entre et au sein des espèces, elle peut varier en réponse à des changements environnementaux. Cette thèse souligne également l’importance d’étudier cette plasticité à différentes échelles taxonomiques et proposent des pistes pour mieux comprendre ses conséquences dans les populations sauvages.