Résumé
A l’interface terre-mer, en milieu ouvert et sans intrants, l’ostréiculture est souvent présentée comme solution à de nombreux enjeux climatiques, environnementaux et socio-économiques. Pourtant, l’ostréiculture est souvent décrite comme en crise(s), en raison de difficultés terrestres et marines. Les changements rapides locaux et globaux auxquels les éleveur·euse·s font face les maintiennent encore plus dans une situation d’incertitude ontologique. Cette thèse propose d’aborder la question des futurs de l’ostréiculture – possibles, désirables ou non souhaitables – au travers du processus de domestication. Ces futurs sont autant de possibles que chaque ostréiculteur·trice met en place jour après jour, préfigurant ce que peut être et pourra être l’ostréiculture au travers d’intenses négociations avec les huîtres pour qu’elles persistent à grandir dans les milieux d’élevage choisis, plus ou moins ouverts, plus ou moins anthropisés et artificialisés. Ces négociations se traduisent par un travail sur les exploitations pour la survie et la croissance des huîtres jusqu’à leur vente. Elles participent du processus de domestication de ces coquillages, au sens de leur intégration à la domus, unité domestique artificielle créé par les humains autour d’eux-mêmes, de leurs intérêts et de leurs activités. Finalement, l’enjeu central du travail des ostréiculteur·trice·s est là : réussir à intégrer (et/ou maintenir) les huîtres à la domus ostrearia, unité domestique ostréicole. En faisant l’hypothèse que les crises et l’incertitude qu’elles génèrent résultent d’une désynchronisation entre les temporalités des huîtres, des humains et de leurs environnements, je propose de centrer le regard sur le travail de domestication ostréicole. Par une ethnographie menée entre 2022 et 2025 sur trois terrains français : l’Étang de Diane en Corse, l’Étang de Thau en Occitanie et le lagon de la Grande-Terre en Nouvelle-Calédonie, j’explore la domestication des huîtres et du temps par les ostréiculteur·trice·s pour une (re)synchronisation de leurs cycles. Je m’intéresse aux acteur·trice·s humains ou non, qui se croisent, interagissent et s’affectent mutuellement tout en transformant leurs différents régimes de temporalités. Et j’analyse le travail qu’ils et elles mettent en place, façonnant les corps, les relations et les environnements pour surmonter, éviter et/ou absorber une crise plus générale des temporalités.