Résumé
Ma thèse s’intéresse à la visée éthique et éducative de l’enseignement de la littérature. Elle articule une réflexion philosophique aux concepts, méthodes et objectifs de la didactique de la littérature. Dans une première partie, les convergences contemporaines de la philosophie morale et des études littéraires sont analysées pour constituer un socle théorique. La théorie littéraire a en effet connu un tournant éthique depuis une vingtaine d’années en dépassant un formalisme longtemps dominant : une critique se développe et explore une compréhension existentielle de la lecture et une stylistique de l’existence, reliant « le roman et le sens de la vie » comme D. Rabaté ou cherchant à tenir ensemble « une phénoménologie de l'expérience des œuvres et une pragmatique du rapport à soi » (M. Macé). Du côté de la didactique, les travaux autour des notions de lecture littéraire (J-L. Dufays) et de sujet lecteur (Rouxel & Langlade) ont permis de faire place aux effets de la réception des œuvres et de rendre compte de l’activité de lecture en ses composantes subjective, affective, cognitive et morale. Diverses approches philosophiques contemporaines amènent quant à elles à penser la contribution de la littérature à la philosophie morale : un courant cognitiviste (J-M. Schaeffer), un courant néoaristotélicien (M. Nussbaum), un courant analytique à la suite de Wittgenstein (Bouveresse, Laugier, Diamond), et un courant herméneutique (P. Ricoeur). Affirmer une forme de consubstantialité ou de correspondance entre la littérature, la vie humaine et l’éthique amène à rechercher l’ontologie qui pourrait en rendre compte. Au long de cinquante années de publications, le philosophe Nicolas Grimaldi a inlassablement analysé l'expérience de la conscience, de l'imagination, de l'art ou du langage au sein d'une ontologie du temps et de la vie : son œuvre pourrait rejoindre et prolonger les plus récents développements de ce tournant éthique et de cette philosophie littéraire. A partir de ce travail philosophique, je formule une hypothèse théorique pour la didactique de la littérature : la portée éthique de la lecture littéraire et son pouvoir de transformation du sujet opèrent par la confrontation de trois instances : la personnalité, la personne et les personnages. En découle une hypothèse méthodologique : il serait possible d'identifier dans les séances de littérature des unités de temps pendant lesquelles l'on reconnaitrait ce triangle de la persona. Je les appelle moments éthiques. Dans une démarche pouvant s'apparenter à une recherche-action au sens de C.Tauveron (2008), j'analyse dans une deuxième partie, la pertinence de ce modèle théorique en recueillant et analysant des données (séances et entretiens d'autoconfrontation), données qui ouvrent ensuite sur une reconfiguration de ma proposition théorique par le réel des pratiques. Cet ajustement cherchera à assurer la valeur descriptive et compréhensive de cet essai de modélisation mais aussi à envisager son éventuel potentiel pour la formation.