Résumé
Le chalutage de fond représente la principale menace pour l’intégrité des plateaux continentaux et des communautés benthiques. Partageant leur habitat avec des poissons et crustacés à fort intérêt commercial, les Ecosystèmes Marins Vulnérables (EMVs) subissent les impacts collatéraux de cette pêche. Les coraux froids, pennatules, éponges et crinoïdes qui les constituent, sont sessiles et forment des structures érigées facilement détruites par le passage des chaluts. Leurs traits d’histoires de vie (taux de croissance lent, reproduction tardive, longévité) limitent leur capacité de recolonisation après une perturbation. A ce jour, la conservation des EMVs méditerranéens reste limitée par un contexte géopolitique complexe, des législations fragiles et un manque de données spatiales, nécessitant une plannification efficace, d’autant plus urgente face au changement climatique. Cette thèse a premièrement visé à produire de la nouvelle information spatiale sur la structure et la composition des communautés mégabenthiques, la localisation des zones les plus sensibles au chalutage, ainsi que l’habitat favorable actuel et les refuges climatiques futures d’espèces indicatrices d’EMVs. Ces éléments ont été intégrés dans un exercice de planification systématique de la conservation, afin d’identifier des réseaux prioriaires, représentatifs, protecteurs d’espèces sensibles, et adaptés au changement climatique, tout en minimisant leur impact socio-économique. Une approche biogéographique a confirmé la structuration bathymétrique des communautés mégabenthiques. Si leur faible résistance au chalutage a été démontrée, des capacités variables de résilience entre taxons ont également été révélées. Enfin, des pertes d’habitat importantes ont été prédites pour les espèces indicatrices d’EMV face au changement climatique. Les plateaux continentaux et les pentes du Golfe du Lion , de la Mer Catalane et du Canal de Sicile ont été identifiés comme des zones stratégiques pour la mise en place de nouvelles aires de conservation efficaces. Les différents scénarios proposés offrent cependant des solutions flexibles aux décideurs. Ces travaux soulignent l’importance d’une approche adaptative et intégrée pour améliorer les réseaux de protection actuels et atteindre les objectifs environnementaux ambitieux d’ici 2030. La fiabilité de nos résultats pourrait être augmentée par l’accès à de nouvelles observations, notamment dans l’Est et le Sud du bassin. L’intégration de la connectivité des communautés marines, l’évaluation des conséquences des reports d’effort de pêche et une plus grande transparence dans la communication des incertitudes constituent également des pistes prometteuses pour de futurs travaux de planification. Enfin, l’essor de l’apprentissage profond pourrait révolutionner notre capacité à prédire la localisation des EMVs, encore largement méconnus.