Résumé
Les pays bordant le bassin méditerranéen ont une forte propension aux incendies récurrents affectant leurs écosystèmes. Les contraintes climatiques de sécheresse et de température expliquent principalement la variabilité temporelle des incendies associée à l'organisation spatiale du combustible et le contexte socio-économique pour la variabilité régionale. Les rives Sud et Est de la Méditerranée restent sous représentées dans les études traitant la problématique du feu, et ont subi depuis le printemps arabe de 2011 de forts bouleversements géopolitiques. Cette thèse propose de dresser un état des lieux transnational sur la rive Est de la Méditerranée en analysant l'historique des incendies et leurs moteurs, afin de déconvoluer les contraintes climatiques et socio-politiques dans cette région complexe. Dans un premier temps, en l’absence de données fiables et exhaustives, un effort de reconstitution historique des surfaces incendiées au Liban (2001-2020) a été réalisé à partir des archives historiques d'images satellitaires Landsat et Sentinel-2 à haute résolution spatiale combinés à la détection des anomalies thermiques issues des capteurs VIIRS et MODIS (MCD14ML) à haute résolution temporelle pour leur datation. Ce travail a permis de fournir une première caractérisation du régime des incendies au Liban et d’identifier une saisonnalité bimodale des incendies particulière pour un climat méditerranéen. Dans un deuxième temps, les résultats illustrent que la perte de couvert forestier pendant la période d’étude n’a été que partiellement reliée aux incendies, mais associée à une conjonction de crise économique, sanitaire (Covid-19) et politique (afflux massif de déplacés syriens). Ensuite, cette thèse fournit une identification et une description des facteurs biophysiques, environnementaux, climatiques et socio-politiques associés à l’occurrence des incendies. Tout d’abord, la quantification de l'influence de 14 facteurs biophysiques et anthropiques sur la probabilité d'occurrence des incendie, permet d’identifier et de cartographier les zones de végétation les plus susceptibles à l’occurrence des incendies et de dévoiler des facteurs de contrôle particuliers en zone fortement anthropisée. Par la suite, l’analyse des séries climatiques historiques ERA5-Land, permet d'esquisser une première description des conditions climatiques quotidiennes associées aux événements d'incendies au Liban où les fortes humidités de l’air au mois d’août et les sécheresses prolongées génèrent une saisonnalité bimodale unique en méditerranée. Finalement, une approche comparative du régime de feu entre le Liban et la Syrie sur 1984-2020 met en lumière les changements brusques dans l'activité des incendies et les comportements inhabituels du feu pendant les périodes d'instabilité géopolitique, hormis le contexte climatique. Cette thèse propose une méthodologie multi-outils pour une première caractérisation historique des incendies dans cette zone méditerranéenne encore non documentée. Nos résultats viennent compléter les travaux déjà réalisés sur la rive Sud de la Méditerranée (Algérie, Tunisie et Maroc) et les données assez complètes des pays européens, contribuant à une meilleure compréhension globale des schémas de feux dans la région méditerranéenne, illustrant la plus forte contribution des aléas géopolitiques que du climat sur la variabilité temporelle de cette perturbation.