Résumé
Les tortues marines nichent sur les plages, des milieux exposés aux vagues et en évolution constante à de multiples échelles spatio-temporelles. La morphodynamique des plages peut influer sur la nidification des femelles gravides et exposer les nids à l’érosion ou à l’inondation, des facteurs de mortalité qui tendent à devenir plus fréquents en raison de l’élévation du niveau marin et de l’urbanisation croissante des littoraux. Dans ce contexte, l’objectif de notre étude est d’améliorer notre compréhension et nos connaissances des interactions biogéomorphologiques entre les plages de nidification et l’écologie de reproduction des tortues marines et d’évaluer in fine la capacité des plages à assurer leur fonction de support pour la nidification. Notre étude s’est focalisée à Mayotte, un site important de reproduction des tortues vertes (Chelonia mydas) à l’échelle des îles de l’Ouest de l’Océan Indien. Les nids sont susceptibles d’être exposés à l’inondation en raison d’une élévation relative du niveau marin enregistrée sur l’île. Tout d’abord, nous avons étudié le système des plages de nidification à Mayotte et quantifié leur évolution sur plusieurs échelles temporelles. L’étude diachronique du trait de côte réalisée sur 10 sites a montré une stabilité relative ou un recul des plages depuis 1950, sans présenter des taux alarmants de perte d’habitat de ponte. La collecte de données topographiques et hydrodynamiques sur deux sites de nidification de l’île, Grande Saziley et Papani, a permis de mettre en évidence une rotation saisonnière et des mouvements transversaux des plages, en lien avec le schéma saisonnier des vents. La distribution des nids a été saisonnière sur Papani en raison de mouvements longitudinaux importants, exposant les nids à une érosion importante (~40% des nids entre 2021 et 2022). Pour mieux comprendre la distribution des nids et les facteurs de mortalité embryonnaire, nous avons réalisé un suivi de fréquentation des femelles en 2021 et 2022 sur Grande Saziley. Nos résultats ont démontré que les femelles nichent préférentiellement en haut de plage, aux altitudes élevées. Grace au suivi de 30 nids, via la pose de capteur de pression et de température, nous avons pu mettre en évidence que l’inondation a été le premier facteur de mortalité sur cette plage. À partir de modèles de prédiction du succès à l’émergence sur la plage, basés sur des techniques de Machine Learning et des SIG, nous pouvons estimer que 85% des femelles nicheraient néanmoins dans des zones propices au développement embryonnaire entre 2021 et 2022. Grande Saziley est une plage qui semble propice à la nidification et au développement embryonnaire tandis que Papani présente une exposition des nids à l’érosion importante. Toutefois, dans le contexte d’élévation du niveau marin généralisé, combinée à celle enregistrée sur l’île, les études doivent se poursuivre pour évaluer les réponses morphologiques des plages. Notre étude a permis de mettre en évidence l’importance d’étudier la morphodynamique des plages de nidification et son influence sur le succès à l’éclosion et à l’émergence, et par conséquent sur l’évolution des populations de tortues vertes.