Résumé
Cette thèse se concentre sur l’éditorialisation des procès pour cause de foi instruits par l’Inquisition espagnole. Ces archives constituent une source historique majeure pour l’étude de l’histoire sociale et religieuse de l’époque moderne en Espagne. Cependant, leur complexité intrinsèque, notamment en ce qui concerne leur traitement numérique, a rendu nécessaire le développement d’approches méthodologiques pluridisciplinaires. Notre recherche a mis en évidence que les démarches quantitatives, les bases de données historiographiques et les descriptions archivistiques espagnoles ne parviennent pas à rendre compte de leur diversité procédurale, formelle et fonctionnelle. En réponse à ces défis, nous avançons une modélisation numérique qui comporte un schéma d’annotation textuelle basé sur la TEI (Text Encoding Initiative) et un thésaurus documentaire bilingue (français-espagnol) structuré en RDF (Resource Description Framework) et fondé sur le standard SKOS (Simple Knowledge Organization System), et les extensions ISO-Thes et UNESKOS. Ce dispositif vise à formaliser numériquement la structure, les entités documentaires et les relations internes des pièces qui composent les dossiers inquisitoriaux. Le tout dans un cadre soutenu par la notion d’éditorialisation, définie comme l’ensemble des dynamiques qui organisent la structuration des contenus – compte tenu des besoins des chercheurs – dans un environnement numérique. Notre démarche repose sur une analyse croisée des dimensions historiques, juridiques, archivistiques et diplomatiques des procès de foi espagnols. Le procès de l’Inquisition de Valladolid contre Pedro de Cazalla (1558-1559) nous sert de cas prototypique pour l’expérimentation dans la construction du schéma d’annotation.Dès lors, la méthodologie adoptée comprend deux volets principaux. Le premier s’attache à examiner les logiques procédurales et de structuration documentaire dans les procès pour cause de foi. Il remet en question les classifications linéaires et les pratiques archivistiques existantes, afin de proposer une organisation fondée sur les phases procédurales, les fonctions documentaires et les formes discursives recensées par la diplomatique. Le second volet concerne la mise en œuvre technique de notre modélisation. Le schéma d’annotation TEI que nous avons développé répartit les documents qui composent les dossiers selon des phases procédurales que nous avons définies. Chaque pièce est identifiée de manière unique et décrite par un type de document normalisé par le thésaurus, ainsi que par d’autres éléments définis dans le schéma personnalisé. Par ailleurs, l’annotation interne recouvre les éléments substantiels du contenu sans imposer de protocole de transcription aux chercheurs. Elle comporte un balisage des entités nommées (personnes, lieux, dates, institutions) qui s’adapte aux particularités linguistiques de la documentation des procès de foi, ainsi que l’identification des structures textuelles pertinentes pour l’analyse des relations internes et le référencement croisé. Dans notre démarche, nous nous attachons aux bonnes pratiques promues par la communauté des humanités numériques en France, afin de rendre nos travaux conformes aux principes FAIR.Avec cette thèse et ses annexes nous proposons un premier cadre de description et de structuration pour l’analyse numérique des procès inquisitoriaux. La diffusion des ressources que nous avons produites adhère aux principes de la science ouverte. Le thésaurus est consultable sur la plateforme Opentheso, et son code source a été mis à disposition en syntaxes RDF/XML, Json, JsonLd et Turtle. De même, le schéma d’annotation, disponible sur une page Git statique, se décline en syntaxes XSD, RGN, RNC et ODT. Par conséquent, aucune plateforme ni dépendance à l’auteur ne sont requises, ce qui garantit la pérennité, l’appropriation collective et l’adaptation de la modélisation présentée.