Résumé
Le cinéaste exilé ou migrant représente une figure emblématique de la cartographie cinématographique contemporaine. Dislocation, dépossession, déracinement : autant de mots qui renvoient à des expériences singulières aussi douloureuses qu'exaltantes, mais qui disent aussi la fracture culturelle et le conflit d’appartenance voire de légitimité qu'il y a à parler du pays d'origine depuis l'extérieur. Cet article s’intéresse notamment aux films documentaires réalisés par deux réalisatrices colombiennes vivant en France et ayant en commun le fait de continuer de regarder vers la Colombie : Catalina Villar et María Isabel Ospina. L'expérience de déracinement dont elles témoignent représente l'émergence d'un entre-lieu, in between, situé au croisement de deux espaces géographiques et culturels, la France et la Colombie. Définir le lieu d'énonciation cinématographique à partir de la perspective de l'entre-deux soulève la question du lieu qu'occupe le pays d'accueil dans l'expérience vécue de ces cinéastes, comme possibilité intellectuelle, esthétique et comme enracinement social. L'entre-deux est envisagé ici comme un lieu de reconfiguration du lien social et culturel - entre deux cinématographies, entre des individus et la société d'accueil, entre ces individus et le pays d'origine, entre les films qu'ils fabriquent et leurs publics.