Résumé
Cette communication s’appuie sur l’Enquête régionale sur les pratiques physiques et sportives menée en 2021 à La Réunion (Cubizolles et al., 2022). Elle revient sur les principaux résultats de cette enquête qui établit le phénomène de démocratisation des activités physiques et sportives à La Réunion. Toutefois, si cette démocratisation est un « fait social » majeur, soulignant un large accès de ces activités au plus grand nombre des Réunionnais, cette démocratisation s’accompagne aussi d’autres tendances qui permettent de décrire et d’analyser le vivre-ensemble aujourd’hui à La Réunion.Dans un premier temps, cette communication traitera des nouvelles manières de pratiquer les activités physiques et sportives à La Réunion qui soulignent la pénétration des modèles individualistes dans la société réunionnaise. En effet, si jusqu’aux années 1990, l’activité physique et sportive à La Réunion était abondamment décrite comme organisée par les clubs, les associations et le monde fédéral dans une visée compétitive, les résultats de l’enquête régionale indiquent un changement de paradigme. L’engouement massif constaté par l’enquête pour une pratique de type auto-organisée (hors cadre associatif, privé ou fédéral) et tournée vers des préoccupations d’attention au corps atteste de l’essor des aspirations d’autonomie et de choix individuel dans la société réunionnaise d’aujourd’hui. Le vivre-ensemble, pour une majorité de Réunionnais, ne s’évalue donc plus à l’aune de la société collectiviste tardive qui a suivi la départementalisation, mais à l’aune des normes d’une société post moderne où prime le souci de soi.Dans un deuxième temps, cette communication traitera des inégalités d’accès à la pratique des activités physiques et sportives à La Réunion que met en lumière le phénomène de démocratisation de ces activités. En effet, les résultats de l’enquête régionale pointent des disparités importantes dans l’engagement dans les activités physiques et sportives selon le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, le revenu mensuel par foyer ou selon le type d’activités pratiquées. Cette approche par les inégalités montre que la société réunionnaise reste fortement hiérarchisée et que les groupes sociaux qui ont le moins accès à ces activités sont aussi ceux qui ont le plus de risque d’être exclus du vivre-ensemble, cette notion pouvant être comprise comme un égal accès à un certain nombre de biens commun permettant la réalisation de chacun.