Résumé
La typicité des vins s’exprime à différents niveaux d’échelle spatiale, et en fonction des variations des facteurs du terroir, dont le poids respectif change selon l’espace étudié. Le présent travail vise à évaluer l’impact du climat à l’échelle planétaire sur les propriétés organoleptique du vin.Trente-et-un vins de Pinot noir ont été sélectionnés dans seize régions viticoles d’Europe (Allemagne, France et Suisse), d’Amérique du Nord (USA), d’Amérique du Sud (Chili) et d’Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande). Une analyse sensorielle a été réalisée par dégustation à l’aveugle par un panel de quatorze individus, dont neuf ont été retenus pour la robustesse de leur analyse (évaluée par un critère de répétabilité de l’analyse sur vins identiques). Les vins ont été caractérisés par vingt-six attributs visuels, olfactifs,gustatifs et globaux, notés de 1 à 5. Ces caractéristiques organoleptiques ont été confrontées à plusieurs indices agroclimatiques extraits de la base de données WorldClim (1950-2000) à résolution kilométrique (30 sec. d’arc).On observe une grande diversité des profils organoleptiques des vins de Pinot dégustés, en fonction des régions de production et au sein même des régions. On observe des corrélations significatives entre la plupart des descripteurs gustatifs et des indices agroclimatiques étudiés. Les indicateurs hydriques sont ceux qui semblent gouverner majoritairement la perception sensorielle des vins. L’indice de sècheresse est corrélé significativement avec les descripteurs sensoriels de fruits mûrs, de l’acidité, de la sucrosité, de l’astringence, de l’amertume, de l’harmonie et de la qualité (hédonique) dans son ensemble. Les indicateurs thermiques, tels que l’indice héliothermique de Huglin ou l’indice de stress thermique (fortes chaleurs), ne discriminent pas franchement les vins, ce qui suggère une certaine plasticité apparente inattendue de la vitiviniculture du Pinot vis-à-vis du climat. Plusieurs facteurs, parmi lesquels on peut évoquer les pratiques culturales ou œnologiques, compensent, probablement dans une large mesure, la variabilité climatique entre et à l’intérieur des régions viticoles