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Usages des IAg par les chercheurs et perspectives sur leur développement professionnel
Acte de colloque

Usages des IAg par les chercheurs et perspectives sur leur développement professionnel

Anita Messaoui
Inter AI : le chercheur, la machine et le monde (Clermont- Ferrand, France, 31/03/2026–03/04/2026)

Résumé

Humanités numériques Littératie numérique Intelligence artificelle générative Chercheur universitaire Usage du numérique Developpement professionnel
Cette communication analyse les usages des intelligences artificielles génératives (IAg) par les chercheurs universitaires et interroge leurs effets sur le développement professionnel dans un contexte de transformation du travail académique. Elle s’inscrit dans une perspective sociotechnique, attentive à la co-construction des technologies et des pratiques, tout en adoptant une approche critique des discours qui attribuent aux IA une autonomie ou une intelligence substantielles. La présentation rappelle ainsi que ces systèmes relèvent davantage d’« automates computationnels » fondés sur des calculs probabilistes que d’entités intelligentes au sens fort, ce qui justifie une vigilance épistémologique et éthique dans leur appropriation.Sur le plan méthodologique, l’exposé repose sur une phase exploratoire fondée sur l’analyse croisée de trois publications récentes consacrées aux usages des IAg par les chercheurs : deux enquêtes internationales ou nationales de grande ampleur et une étude française portant sur l’auto-efficacité numérique. Cette revue est articulée à une réflexion sur la littératie de l’IA et sur les formes d’accompagnement susceptibles de soutenir les professionnels de la recherche. L’analyse est replacée dans le cadre plus large des quatre dimensions de l’activité scientifique : production des connaissances, encadrement et animation scientifique, gestion de projets et participation institutionnelle.La présentation souligne que l’essor des IAg intervient dans un environnement académique déjà fragilisé par l’intensification du travail, les tensions entre missions d’enseignement et de recherche, les difficultés de gestion du temps, ainsi que des formes d’épuisement et de perte de sens. Dans ce contexte, la diffusion rapide des chatbots depuis la fin de 2022 alimente des promesses d’efficacité et de productivité, pouvant apparaître comme une réponse aux contraintes professionnelles. Les hypothèses examinées portent ainsi sur une possible amélioration de la productivité, mais aussi sur le développement d’une posture plus critique et d’une littératie spécifique des IA.Les études analysées montrent une progression notable des usages, avec une hausse déclarée du recours aux IAg entre 2024 et 2025 dans l’enquête Wiley, ainsi qu’une adoption différenciée selon les disciplines, le sentiment d’auto-efficacité numérique et la perception de l’intégrité scientifique des usages. Les usages les plus fréquents concernent l’assistance à la rédaction, la synthèse documentaire et la veille, ainsi que l’aide au codage pour l’analyse de données. Toutefois, ces pratiques restent largement dominées par des outils généralistes. Parallèlement, plusieurs réserves fortes apparaissent : fiabilité limitée des réponses, opacité des modèles, biais, enjeux de confidentialité, incertitudes juridiques, manque de cadrage institutionnel et déficit de compétences.L’intérêt majeur de la communication réside dans l’identification d’un triple enjeu pour le développement professionnel des chercheurs. D’abord, un enjeu épistémologique, lié au risque d’illusion de compréhension, de délégation cognitive excessive et de normalisation des productions scientifiques. Ensuite, un enjeu méthodologique, centré sur la reproductibilité, l’explicabilité des traitements et la fiabilité des données générées. Enfin, un enjeu éthique, portant sur la confidentialité, la propriété intellectuelle, l’intégrité scientifique et les coûts socio-environnementaux du numérique.En réponse, la présentation plaide pour un accompagnement structuré des chercheurs autour du développement d’une littératie des IA. Celle-ci ne se limite pas à l’usage instrumental des outils, mais englobe la compréhension des modèles, des données, des interfaces, des cadres juridiques et des effets organisationnels du numérique. Elle suppose aussi des composantes transversales de pensée critique, de métacognition, d’adaptabilité et de pouvoir d’agir professionnel et citoyen. La mutualisation des pratiques en équipes interdisciplinaires et le renforcement des cadrages institutionnels apparaissent dès lors comme des conditions essentielles pour que l’intégration des IAg contribue non à une déqualification des chercheurs, mais à une appropriation réflexive, critique et scientifiquement responsable de ces technologies.

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