Résumé
Le parc arboré est un paysage rural agroforestier répandu en Afrique soudanienne. La strate ligneuse délivre des services écosystémiques essentiels pour la résilience des systèmes de production au changement climatique. Mais elle génère aussi des dis-services (cas de l’ombrage qui peut être utile ou néfaste aux cultures selon le système adopté) et présente des vulnérabilités propres (cas de l’exposition des arbres au vent, au feu et au parasitisme). De plus les jachères, lieux de régénération du parc se raréfient et les sols s’appauvrissent. Il s’ensuit que l’état du parc arboré est parfois spécialisé, vieillissant et clairsemé, alors que les grands enjeux environnementaux et une meilleure résilience appelleraient sa densification et sa diversification. La diversité des situations appelle une analyse nuancée et contextualisée. Dans le cadre du programme Leapagri Ramses 2 on se propose d’accompagner des acteurs concernés par le parc dans un diagnostic et une prospective en vue d’identifier des baselines et scénarios, par la cartographie des parcs, l’étude des facteurs de leur diversité et dynamique, et de la gouvernance des parcs. On est partis de l’hypothèse que l’état (composition, structure, régénération) des parcs tient à trois processus directs reliés : des processus écologiques, des pratiques d’exploitation agro-forestières et d’attentes de services (court terme), et des pratiques de « pilotage » du peuplement d’arbres (long terme). Pratiques, attentes et pilotages seraient sous l’influence de facteurs indirects individuels ou collectifs, qui rejailliraient donc aussi sur l’état des parcs. Sur un transect régional Ouest-Est Koumbia-Dano de 50km (à l’Ouest population peu dense d’autochtones Bwa et migrants Mossi, zone cotonnière ancienne, à l’Est population dense Dagara, zone cotonnière récente), un inventaire agroforestier de 264 stations de 0,8ha mené en partie par des paysans a été complétée par une enquête in situ auprès de l’exploitant de 67 champs sécant une station. Cette enquête interdisciplinaire couvre non seulement les usagers, les pratiques mais aussi des thèmes sur la tenure, l’ancrage au lieu, les services écosystémiques espérés. La famille est enquêtée à la maison dans un second temps.En résultats, les milieux (sols) et pratiques agricoles (système de culture plus ou moins cotonnier, mécanisation du sarclage), l’âge de l’exploitant et son appartenance ethnique (organisation et démographie) ont les liens statistiques les plus étroits avec les caractéristiques du parc, et permettent d’opposer clairement le parc agro-forestier Mossi/Bwa « dégradé, spécialisé, cotonnier » du parc Dagara « dense, diversifié, céréalier ». Les actions volontaires individuelles de pilotage (surveillance active, plantation) ne semblent pas jouer encore un rôle statistique direct et les facteurs sociaux individuels (dont le savoir-faire, « l’ancrage familial du champ», les droits sur les arbres, le foncier) ou collectifs (les actions de surveillance) ne produisent pas encore d’effet indirect clair sur les variations d’état actuel du parc. L’analyse des facteurs indirects des pratiques et des types de ménages, et analyses multivariées sont en cours. Mais déjà, l’importance du rôle des pratiques d’exploitation montre l’importance d’impliquer fortement les exploitants agricoles et les filières des produits agricoles dans les projets et politiques pro-parc.