Résumé
La capacité des espèces à s’adapter à un écosystème dépend des traits fonctionnels possédés, c’est-à-dire des caractéristiques mesurées au niveau individuel et liées à l’histoire de vie, la morphologie, la physiologie, le comportement, ou encore la phénologie. Prédire la structure fonctionnelle des communautés et identifier les combinaisons de traits qui avantageront les espèces dans les prochaines années constitue une première étape pour adapter la gestion des pêches et des écosystèmes marins. Dans cette étude, des Species Distribution Models (SDM) ont permis d’obtenir des prédictions de la qualité d’habitat par espèce, qui sont ensuite utilisées comme proxy de probabilité de présence. Dans un objectif d’ensemble modeling, plusieurs méthodes de générations des pseudos absences, algorithmes statistiques, modèles de circulation générale (GCMs) ont été appliquées. Une fois les prédictions obtenues par espèce, la structure fonctionnelle a été analysée avec des MFA (Multiple Factor Analysis). Les projections des modèles pour 2100 ont montré une dynamique opposée de la structure fonctionnelle des communautés de poissons entre les écorégions de Méditerranée et celles de l’Atlantique Nord-Est. En effet, alors qu’il semble que la mer Celtique et le Golfe de Gascogne évolueront vers des communautés dominées par des espèces à stratégie démographique r (cycle de vie court, fécondité élevée, croissance rapide, maturité sexuelle précoce), l’inverse devrait se produire pour les écorégions méditerranéennes, où une augmentation de prédominance des espèces à stratégie K (cycle de vie long, fécondité faible, croissance lente, maturité sexuelle tardive) a été prédite d’ici 2100. Les analyses ont aussi révélé quels traits fonctionnels pourraient avoir les plus fortes influences sur l’ampleur des changements d’aires de répartition. Le niveau trophique et le taux de croissance sont ressortis comme étant les traits les plus contributifs- mais néanmoins faiblement contributifs- à la réponse des espèces. Une analyse par écorégion en prenant en compte les interactions entre espèces (avec des jSDM) et des variables environnementales plus locales pourrait apporter des réponses complémentaires. Un travail reste à accomplir pour revenir sur ces relations entre niche écologique, distribution des espèces et traits fonctionnels, afin de mieux comprendre les mécanismes régissant la réponse de la biodiversité au changement climatique.