Résumé
Malgré l'importance économique de nombreuses espèces d'huîtres à travers le monde, notre connaissance de leur systématique et de leur phylogéographie reste encore fragmentaire. En Europe, l'espèce indigène, Ostrea edulis, a souffert de surexploitation et de l'impact successif de deux parasitoses au cours du siècle dernier. Cette espèce reste cependant encore exploitée en Europe, principalement en Espagne et en France. Son aire de répartition s'étend cependant des côtes Atlantiques en Europe et au nord de l'Afrique et sur tout le pourtour méditerranéen, ainsi qu'en Mer Noire. La zone méditerranéenne et sud atlantique est commune avec une autre espèce indigène, l'huître dite « naine », Ostreola stentina. Celle-ci, n'atteignant que quelques centimètres à l'âge adulte, est sans intérêt commercial. Afin d'étudier les relations génétiques entre ces deux espèces, mais aussi avec d'autres taxons des genres Ostrea et Ostreola, nous avons réalisé une analyse phylogénétique basée sur les séquences des fragments mitochondriaux 16S (la grande sous-unité du gène codant pour l'ARN ribosomal) et COI (la sous-unité I de la cytochrome oxydase). Nous avons échantillonné des huîtres plates, morphologiquement identifiées comme Ostreola stentina, au Portugal, en Tunisie et au Maroc. Nos résultats montrent que les deux espèces sont très éloignées phylogénétiquement, ce qui permet de mettre en place une méthode simple d'identification spécifique par PCR-RFLP. Cela permet d'envisager l'identification précoce du naissain capté dans le milieu naturel afin de déterminer son potentiel aquacole. Par ailleurs, Ostreola stentina apparaît très proche de l'espèce congénérique Ostreola equestris, mais aussi de l'espèce Ostrea aupouria. Bien que Ostreola soit un genre qui a été identifié séparément de Ostrea, ces données soutiennent l'incorporation du genre Ostreola dans le genre Ostrea. La proximité génétique de ces trois espèces est inattendue étant donné leurs répartitions géographiques très différentes. En effet, Ostreola equestris est présente dans le Golfe du Mexique alors qu'Ostrea aupouria est observée en Nouvelle-Zélande. Une telle disjonction géographique entre espèces proches a déjà été rapportée chez d'autres espèces d'huîtres, mettant en doute leur appartenance à des espèces différentes. Ces résultats confirment la nécessité de mieux connaître ces taxons afin de redéfinir leurs relations phylogénétiques et leur statut taxonomique.