Résumé
Le risque infectieux résulte de l'exposition d'un hôte à un ou plusieurs pathogènes et dépend de nombreux facteurs complexes tels que la nature des microbes impliqués, le mode de transmission, les interactions entre réservoirs, hôtes et vecteurs potentiels (cas des maladies vectorielles), le paysage, ou les comportements et les pratiques humaines. Ces facteurs, soumis à des variations saisonnières, compliquent l'évaluation du risque infectieux et exigent une approche intersectorielle, intégrant différentes connaissances académiques, opérationnelles, et des savoirs locaux. Cependant, la mise en oeuvre d'une véritable interdisciplinarité se heurte à des défis conceptuels (harmonisation des termes), méthodologiques (échelles spatiales et temporelles des données) et logistiques (organisation des campagnes de terrain), ce qui limite la réalisation d'initiatives de surveillance du risque infectieux, bien que souvent prônées par les chercheurs et décideurs. Dans le cadre du projet de coopération décentralisée " Santé et Environnement à Mahajanga ", mené par le Réseau Grand Est COopération et Développement (GESCOD) et la Communauté Urbaine de Mahajanga, nous avons expérimenté une approche interdisciplinaire pour évaluer les risques infectieux liés aux diarrhées infantiles, arboviroses (dengue), paludisme et zoonoses (peste, typhus, leptospirose) dans des zones urbaines contrastées de Mahajanga, chef-lieu de la Région Boeny. Une équipe pluridisciplinaire (cartographes, géographes, médecins, parasitologues, entomologistes et zoologistes médicaux) a élaboré une stratégie d'échantillonnage pour recueillir du 21 juillet au 6 août 2024 des données éco-épidémiologiques, paysagères et socio-économiques en vue d'une analyse conjointe du risque infectieux dans une démarche résolument One Health. Sur le terrain, des ajustements ont été nécessaires face aux contraintes locales (accessibilité des sites pré-identifiés, disponibilité des participants) et aux différences entre disciplines. Chaque équipe a suivi un ordre précis de passage sur les sites, pour enquêter dans 400 ménages urbains, facilitant la collecte de données mutualisées (entomologiques, parasitologiques, sociodémographiques, etc.) pour mener des analyses multifactorielles. Nous présentons ici la méthodologie adoptée et un premier retour d'expérience sur ce processus collaboratif, toujours en cours d'optimisation.