Résumé
MIT JEDEM WORTerobern wir nichts. Und doch heißts mutig sein:dem Mantel der Weltein Stück StoffENT REISSEN.Publié dans le recueil Insgesamt so, diese Welt (2012), ce poème de Lydia Daher annonçait déjà le geste créateur de sa publication suivante. Avec Und auch nun, gegenüber dem Ganzen – dies (2014), la poétesse explore la surface du monde et ses déchirures, au sens propre : un monde de papier, celui des journaux dont, durant un an, elle a découpé et déchiré les pages culturelles pour en réagencer à sa guise les mots et les images. Chacune des 101 créations qui en résultent est issue du contenu restreint d’une critique littéraire devenue le point de départ d’un univers nouveau, où se côtoient et s’entrechoquent différents niveaux de réalité. D’ailleurs, quel est cet espace vers lequel pointent les déictiques « diese Welt », « dies » ? Désignent-ils le monde "réel" dont traitent les articles de presse, les territoires imaginaires nés de leur réagencement, la spatialité du collage sur la page, la matérialité du langage ou celle du papier journal déchiré ? Lydia Daher ne se contente pas de lire les territoires comme on lit le journal : elle les interroge, les réécrit, les met en mouvement ou les recompose en faisant apparaître leurs failles et leurs fragilités.La communication proposée a étudié la manière dont ces collages prélèvent et documentent l’espace tout autant qu’ils le fictionnalisent. Une attention particulière a été portée au motif de la déchirure, qui fait se côtoyer plusieurs niveaux de réalité tout en affichant sa propre matérialité – désignant ainsi l’ensemble de la création comme factice. Mais loin d’être de simples jeux de surface, les re-créations spatiales de Lydia Daher ont une dimension véritablement politique. Empreintes d’une rébellion sourde, elles prennent position sur un monde de l’information aussi fragile et fragmenté que les collages eux-mêmes. Sous cette colère latente, les déchirures du papier journal laissent entrevoir l’esquisse d’un contre-espace, une utopie cachée dans les interstices entre texte et image, derrière les fêlures du monde tel qu’il va : « Das Unmögliche buchstabiert die Welt neu », nous promet l’un des poèmes.