Résumé
À l'âge du Bronze et à l'âge du Fer (2000-200 AEC), la Corse connaît de profonds changementsenvironnementaux et socio-économiques. Les chênaies, jusque-là peu répandues, s'étendent à basse etmoyenne altitude au détriment des formations climaciques post-glaciaires à Éricacées. Cettetransformation du paysage coïncide avec l'émergence d'habitats fortifiés, le développement de lamétallurgie et l'intensification des échanges méditerranéens. Cependant, le manque d'étudesarchéobotaniques a longtemps limité notre connaissance des systèmes agropastoraux et des paysagesexploités par les populations.Trois sites du sud de l'île, I Casteddi, Basì et Filitosa, occupés entre l'âge du Bronze moyen et le Secondâge du Fer (1500-200 AEC), ont récemment fait l'objet d'une approche combinée anthracologique,carpologique et biomoléculaire, apportant de nouveaux éléments sur les interactions socio-environnementales.L'économie de subsistance se distingue de celle d'autres régions méditerranéennes par la placeprépondérante occupée par les légumineuses (féverole, pois cultivé) au sein d'une alimentation variée.Le millet commun, attesté dès le Bronze moyen sur les trois sites, est introduit dans l'île vers 1300 AECau plus tard. Les glands de chêne et d'autres fruits sauvages (figue, raisin) complètent l'alimentation descommunautés protohistoriques, tandis que des plantes techniques cultivées (lin) et sauvages (lentisque,oléastre) sont également documentées. Les analyses physico-chimiques des céramiques ont révélél'utilisation d'une grande variété de substances végétales et animales (brai de bouleau, fruits, plantesriches en huile et en cires végétales, cire d'abeille), pour lesquelles des identifications plus précisespeuvent être proposées. À partir du Second âge du Fer, la vigne cultivée est attestée, suggérant des liensétroits avec les sphères culturelles méditerranéennes qui développent de fortes interactions avec l'île.Enfin, les modes d'exploitation des formations de maquis et de la chênaie pour la collecte de combustibleinterrogent leur intégration aux systèmes agropastoraux, ainsi que le statut de certains arbres qui ontprobablement joué un triple rôle : alimentaire, énergétique et technique. Ces formations végétales ontpu concentrer diverses activités économiques comme l'agriculture, le pâturage sur parcours, la collectedu bois, la chasse et la cueillette, s'inscrivant ainsi dans des systèmes agro-sylvo-pastoraux complexes.