Résumé
Dans nos travaux de prospective et de négociation sur des bassins versants, nous avons souvent été confrontés au problème de la construction de scénarios contrastés qui ne soient pas caricaturaux et puissent effectivement illustrer des choix possibles. Souvent la recherche de cohérence entre scénarios milite en faveur d'un modèle unique que l'on contraint avec quelques variables clés auxquelles on attribue des valeurs contrastées. Or les points de vue sur un territoire et sur une ressource en eau peuvent être variés. Différents acteurs peuvent avoir des idées différentes sur ce qui est important, sur ce qui doit être négligé pour simplifier la représentation du système. Il y a donc une pluralité des modélisations possibles partant d'hypothèses différentes et d'intérêts différents. La confrontation de modèles concurrents permet de mieux cerner leur complémentarité, la faiblesse des uns au regard de certaines problématiques, la faiblesse d'autres selon certaines hypothèses, etc. Il est dommage de perdre cette pluralité dans un objectif prospectif. Certains auteurs diront que la solution est de concevoir un modèle prospectif en intégrant un très grand nombre d'objets et de variables pour tenir compte de la pluralité des points de vue et de réduire cette complexité par une analyse structurelle des relations de dépendance et d'influence des variables les unes sur les autres permettant d'identifier les variables clés qui serviront à la définition des scénarios (Godet 2004). Mais cette conception suppose deux choses. Il faut que le modèle complet (avec un grand nombre d'objets et de variables) existe, c'est à dire qu'il soit possible de représenter ensemble tous ces objets sans incohérence dans un même langage. Il faut en outre pouvoir "gommer" l'intérêt porté par certains acteurs aux objets ou variables éliminés par l'analyse structurelle. On pourrait justifier cet abandon en disant que l'avenir de ces objets n'influence pas le reste du territoire ou du bassin. Ceci revient à dire que l'avenir de ces objets a moins de valeur que l'avenir du reste. Notre approche cherche donc à conserver une pluralité des modèles en prenant pour hypothèse que cette pluralité peut notamment s'appuyer sur des langages différents. Nous proposons ici quatre façons de parler de la Drôme qui nous semblent fécondes en termes de modélisation. Elles peuvent s'exprimer comme quatre modes de gestion : 1. Préserver les choses singulières, les symboles, leur diversité 2. Maintenir les équilibres, compenser les déséquilibres 3. Lutter contre les irréversibilités, retarder les catastrophes, anticiper les seuils 4. Etablir des règles collectives