Résumé
Le premier livre des Métamorphoses comporte plusieurs récits d’anthropogonies successifs, rattachant l’épopée ovidienne à une longue tradition d’écriture épique, de sujet cosmogonique ou philosophique, visant un objectif didactique. Cependant, la place accordée à la « race » des femmes dans les différentes anthropogonies du livre I diffère sensiblement des représentations de l’humanité première généralement véhiculées par la topique : loin d’être invisibilisées, secondarisées ou dévalorisées, les premières femmes de l’épopée ovidienne font partie intégrante de l’humanité, et participent à part égale avec les hommes de la destruction comme de la génération du genre humain. Je souhaiterais développer l’hypothèse que ce choix de réécriture n’a rien de « cosmétique » : il est tout au contraire particulièrement appuyé par Ovide, parce qu’il constitue les prémices fondamentales d’une proposition de reconfiguration du genre épique, ancrée sur la réintégration majeure des femmes au sein de l’épopée, que ce soit sur le plan narratologique ou axiologique.