Résumé
Le métier d’éboueur est considéré comme un « sale boulot » ou plus précisément comme un « boulot sale » du fait, entre autres de sa proximité avec les déchets et de sa pénibilité. Au-delà de sa vocation sociétale, ceux qui l’exercent sont soumis à un large spectre d’exigences qui peut contraindre leur perception du sens au travail. Cette étude avait pour objectif de cerner les caractéristiques constitutives d’un travail porteur de sens pour les salariés effectuant un « sale boulot ». Nous avons réalisé une étude empirique à partir d’une méthodologie qualitative en nous basant sur l’analyse thématique de verbatims recueillis auprès de 32 éboueurs, dans le cadre d’une approche ethnographique. Les résultats obtenus révèlent que quatre des six dimensions des modèles de Morin et Forest (2007) et Morin (2008) sont présentes dans les discours des éboueurs : l’autonomie ; l’utilité sociale du travail ; la qualité des relations (avec les collègues) ; la reconnaissance (de la part de collègues et de la hiérarchie). Si ces caractéristiques peuvent être retrouvées chez une majorité de travailleurs, quel que soit leur emploi, les conditions de travail dignes et décentes ; la reconnaissance sociétale et la Légitimité managériale émergent dans le contexte du « sale boulot ». Ces premiers résultats offrent des perspectives nouvelles pour comprendre les caractéristiques d’un travail porteur de sens dans un contexte de « sale boulot » et ouvrent la voie à de futures recherches. Cette étude élargit la portée théorique de la littérature sur le sens au travail en se concentrant sur les « sales boulots », ce qui ajoute une perspective contextuelle aux modèles existants qui n’ont jusqu’alors pas été testés sur ce type de métier.