Résumé
Dans leur ouvrage Queer TV, G. Davis et G. Needham voient l’annulation sérielle comme « l’un des aspects les plus queer de la programmation et de l’expérience télévisuelle [, car] le sentiment de conclusion et de satisfaction procuré par le texte clos […] n’est pas donné, et se trouve remplacé par un désir informe et ouvert, un univers de possibilités sans barrières . » Suivant cette intuition, nous travaillons dans notre thèse à analyser l’annulation comme un échec producteur de sens, qui ouvre de nouvelles voies à l’imaginaire spectatoriel, mais également à l’imaginaire universitaire. Cette communication a donc pour ambition de montrer la manière dont l’annulation peut être saisie comme phénomène queer, qui permet de repenser les normes à l’œuvre dans l’industrie sérielle ainsi que dans notre conception de la sérialité. Dans ce but, nous proposons une analyse de Dead at 21 (MTV, 1994). La série suit les déboires d’Ed Bellamy, qui découvre le jour de ses vingt ans qu’une puce implantée dans son cerveau à la naissance le tuera d’ici un an, avant qu’il n’atteigne l’âge adulte. Si le thème, l’esthétique fragmentaire et la bande-son dépressive de Dead at 21 en font une médiation nihiliste sur les affres de l’adolescence, l’annulation de la série, qui laisse les deux personnages principaux, encore enfants, pour mort-e-s, nous permet de renverser le regard que l’on porte sur elle. Dead at 21 devient par là même une réflexion métasérielle sur l’annulation comme refus du futur et des normes de (re)production, que la théorie queer (et plus spécifiquement de l’ouvrage No Future de L. Edelman) nous permettra de mettre en lumière. Il s’agira donc de voir comment cette série et son annulation tordent les normes de création et d’écriture sérielles pour en révéler la nature instable, in-finie, traversée d’incertitudes et d’échecs mais également d’une potentialité utopique.