Résumé
La nécessité d’agir sur les effets du changement climatique fait désormais consensus (Le Treut, 2022). Les enjeux d’échelles, de temps de l’action et de spatialisation de l’action climatique sont les principaux leviers et freins à l’action efficace (Monediaire, 2013). L’échelle locale semble être l’échelon de l’efficacité de l’agir climatique. L’irruption des acteurs locaux dans l’action climatique permet de répondre en partie aux injonctions du tout participatif (Blondiaux, 2017) et d’expérimentations (Poupeau, 2013, Bertrand et Richard, 2014, La Branche et Bosboeuf, 2017) alliant enjeu démocratique et urgence d’agir. En ce sens, l’Etat a procédé à un renforcement des plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) et demande aux collectivités compétentes de faire participer les acteurs plus largement et à agir sur les problématiques de pollution de l’air. Dans ce contexte de crise à la fois environnementale et démocratique, les sciences participatives (SP), que l’on retrouve aussi sous le vocable de Recherche Action Participative (RAP) (Chevalier et al. 2013) se sont développées afin de construire un regard analytique (R) sur les effets induits sur l’Action (A) et la Participation (P). Ces pratiques mobilisent conjointement plusieurs disciplines scientifiques ainsi que le développement d’approches ‘ingénieriales’ déployant des outils issus de programmes de Recherche et Développement (R&D) appliqués aux enjeux territoriaux (Chia et al., 2008 ; Bertrand et Wallet, 2014).En nous appuyant sur ce cadre spécifique de Recherche Action Participative (RAP) et l’ingénierie de la participation « Artivistes » développée dans le cadre d’un projet de recherche (Dosias-Perla, et al. 2018) cette communication propose de présenter les premiers retours analytiques du projet BREATHE financé par l’ANR (2019 - 2022) sur une de ses expérimentations démocratiques concernant la co-construction d’un Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) avec la Communauté de Communes Rhôny Vistre Vidourle (CCRVV). Dans une approche critique et réflexive nous présenterons les impacts du projet de Recherche suivant trois volets interreliés :(1)sur la construction de l’action publique et sa mise en œuvre ;(2)sur les acteurs et les organisations institutionnelles, professionnelles et associatives ;(3)sur les implication en retour sur les pratiques de l’interdisciplinarité et le cadre d’analyse.Sur les plans axiologique et épistémologique l’enjeu est de taille pour la recherche « avec et pour la société ». D’une part parce qu’il s’agit de développer une ingénierie territoriale adaptée aux besoins locaux et d’autre part d’avoir la capacité d’objectiver l’efficacité de sa portée. D’autre part, dès lors que la recherche tend à agir sur l’écosystème étudié dans un schéma émancipateur, il reste à prouver sa capacité : à produire des résultats robustes et tangibles - à discerner les biais relatifs à sa propre ingénierie – à identifier les freins/leviers structurels indépendamment du projet lui-même. Nous détaillerons l’originalité de la méthodologie articulant trois approches complémentaires : (1) RAP – (2) une approche pragmatique et ethnographique auprès des acteurs en charge de la définition et de la réalisation de l’action publique – (3) une sociologie de l’action organisée appliquée à la gestion territoriale. L’articulation des deux premières approches, c’est-à-dire la tenue de carnets de terrain et l’approche de grounded theory combinés avec une analyse des construits issus des ateliers participatifs permettent de redéfinir avec les acteurs clés concernés les hypothèses de recherche et d’affiner l’analyse des jeux d’acteurs et des mobilisations d’expertises dans la définition et la construction de l’action publique climatique. L’approche plus classique par des entretiens semi-directifs permet de souligner la prépondérance des nouvelles formes de gouvernance collaborative qui apparaissent comme la pierre angulaire de l’efficacité de l’action. L’articulation des trois permet d’analyser les déplacements opérés chez les acteurs territoriaux, d’avoir un meilleur control des biais du projet participatif et une meilleure objectivation des freins et des leviers gestionnaires qui permettent l’action territoriale et environnementale. Nous nous attacherons finalement à proposer des perspectives réflexives, à la lumière de ces analyses, sur notre dispositif et notre cadre d’action et d’analyse en RAP.Bibliographie indicativeBERTRAND, F. et RICHARD, E. (2014). L'action des collectivités territoriales face au « problème climat » en France : une caractérisation par les politiques environnementales. Natures Sciences Sociétés, 22, 195-203. https://doi.org/10.1051/nss/2014036BERTRAND, N. et WALLET, F. (2014). Aide à la décision pour le développement territorial : de nouveaux enjeux pour la recherche. Sciences Eaux Territoires, n°1, p. 2-3.BLONDIAUX, L. (2007). La démocratie participative, sous conditions et malgré tout : un plaidoyer paradoxal en faveur de l’innovation démocratique. Mouvements, vol. 2, n°50, pp. 118-129.CHEVALIER, J-M. et al. (2013). Guide de la recherche action, la planification et l’évaluation participatives en éducation [en ligne]. Ottawa, Canada : SAS2 Dialogue. [Consulté le 28/01/2020]. Disponible à l’adresse : https://iupe.files.wordpress.com/2015/04/guide_sas2_dialogue.pdf.CHIA, E. et al. (2008). Conclusion : Vers une « technologie » de la gouvernance territoriale ! Plaidoyer pour un programme de recherche sur les instruments et dispositifs de la gouvernance des territoires. Norois. Environnement, aménagement, société, n°209, p. 167-177.DOSIAS-PERLA, D. et al. (2018). La fabrique participative de la qualité de l’air : Atelier Artivistes, ISTE Open Science [en ligne]. [Consulté le 12/10/2022]. Disponible à l’adresse : https://www.openscience.fr/IMG/pdf/9_dosias- perla_ok.pdfLA BRANCE, S. et BOSBOEUF, P. (2017). La prise en main de l’énergie par les collectivités territoriales : freins et moteurs. Reve Environnement Urbain. ⟨hal-01962352⟩LE TREUT, H. (2022). Climat et civilisation. Un défi incontournable. ÉrèsMONEDIAIRE, G. (2013). La participation du public à l’élaboration des actes réglementaires dans le domaine de l’environnement : en 2012, une loi Grenelle II et demi. Revue Juridique de l’Environnement, vol. 38, n° 3, pp. 399- 413.POUPEAU F.-M., (2004). Le service public à la française face aux pouvoirs locaux. Les métamorphoses de l’État jacobin, CNRS Éditions, Paris.