Abstract
La première moitié du 19e siècle à Montpellier est une période riche pour la constitution de bibliothèques de botanique. Le mouvement de rassemblement de collections d’ouvrages qui se joue à partir de la Révolution autour d’institutions importantes comme celle de l’École de santé de Montpellier d’une part, et de la Faculté des Sciences de la même ville, gagnerait certainement à être mise en perspective de manière plus précise autour de trois figures ayant œuvré de manière similaire à Montpellier.Gabriel Prunelle, bibliothécaire de l’école de santé de Montpellier, et mandaté comme commissaire du gouvernement, travaille d’arrache-pied de 1796 à 1806 au rassemblement d’ouvrages qui permettent de constituer une collection de bibliothèque de grande qualité, qui puisse être au service de l’enseignement de la médecine montpelliéraine. Certains indices prouvent qu’au-delà de son rôle de rassembleur de collections, il est également un passeur pour d’autres collecteurs locaux d’ouvrages de botanique ou de médecine. Le botaniste Michel-Félix Dunal est une autre de ces figures importantes. Il a marqué l’histoire des collections de la bibliothèque de la Faculté des Sciences créée en 1809 grâce au legs qu’il fit à sa mort en 1857 de toute sa bibliothèque de travail. Cette collection est connue par le biais notamment de son inventaire après décès, son inventaire spécifique ayant été perdu. En plus du corpus complet d’ouvrages constituant cette collection, on peut considérer qu’une collection importante de recueils factices d’articles tirés à part (qui fait partie de cette collection) pourrait être considérée comme un bon résumé du réseau scientifique d’échanges qui gravite autour de la figure de Dunal en ce début de 19e siècle.De manière contemporaine, Auguste Saint-Hilaire, qui hiverne à Montpellier pour soigner sa santé fragile après son retour du Brésil, constitue également une collection d’ouvrages de botanique, collection qu’il lèguera à sa mort à la ville de Montpellier. Cette collection, stockée pendant des années dans des conditions peu favorables, n’est pas parvenue au complet jusqu’à nous. Cependant le bibliothécaire ayant réceptionné ce don, Paulin Blanc, en a dressé un inventaire complet en 1856.La constitution concomitante de ces trois collections pousse à s’interroger sur les points communs et les disparités qui existent entre elles, et sur ce que cela révèle du « paysage mental » particulier de chacun des hommes qui œuvrèrent à leur constitution. Cela conduit à s’interroger sur les filières d’approvisionnement de ces ouvrages mais aussi sur leur organisation et leurs usages respectifs, et sur ce que tout cela nous dit des réseaux botanistes locaux à Montpellier et au-delà, et sur l’évolution de la science botanique qui d’une « science auxiliaire des sciences médicales » est en train d’évoluer vers une discipline de plein exercice.