Résumé
La gestion des savanes sahéliennes en vue de maintenir la biodiversité et les services écosystémiques associés dépend essentiellement de la compréhension des impacts sur le fonctionnement de l'écosystème des facteurs majeurs de la dégradation de l'environnement : les fluctuations et changements climatiques, et l'utilisation des terres par l'homme. Des études récentes menées dans les savanes sahéliennes semi-arides mettent l'accent sur le rôle des facteurs abiotiques (pluviométrie variable) dans la dynamique de la végétation, minimisant ainsi l'impact des facteurs biotiques tels que l'herbivorie par le bétail. Pour mieux comprendre les effets du pâturage, nous avons comparé la composition et la biomasse sur pied de la végétation herbacée dans la réserve naturelle communautaire Koyli Alpha, qui est protégée du pâturage du bétail depuis 2017, et dans les parcours adjacents fortement pâturés, à deux périodes différentes du cycle annuel : août 2023 (début de la saison des pluies) et octobre 2023 (début de la saison sèche). Les résultats des transects systématiques et répétés de parcelles recensées de manière exhaustive ont montré que, pour les deux périodes d'échantillonnage, la richesse en espèces herbacées était plus importante dans la zone protégée. Toute la végétation de chaque parcelle échantillonnée a été collectée, triée par espèce, séchée et pesée. Ces inventaires montrent que La biomasse des espèces herbacées en août est cinq fois plus élevée dans la zone protégée que dans les pâturages adjacents. Alors que la biomasse a été multipliée par 1,6 entre août et octobre dans la réserve naturelle, elle a légèrement diminué au cours de la même période dans les pâturages adjacents. En outre, la végétation de cette zone protégée est caractérisée par une plus grande contribution d'espèces ayant une valeur pastorale brute plus élevée, ce qui a entraîné une valeur plus élevée de l'indice global de la qualité du fourrage. Ces résultats soulignent l'importance des services écosystémiques fournis par la zone protégée, notamment en tant que réserve de fourrage de haute qualité en saison sèche. D’autant plus que si le bétail est exclu de la réserve Koyli Alpha, les éleveurs locaux sont autorisés à récolter la biomasse herbacée à chaque saison sèche. Nos résultats suggèrent en outre que la zone protégée fournit beaucoup plus de ressources aux organismes impliqués dans une multitude de réseaux trophiques à base de plantes que les pâturages environnants. La récolte autorisée pendant la saison sèche a un impact limité sur les espèces herbacées, car la plupart d'entre elles sont des plantes annuelles qui ont déjà terminé leur cycle. La récolte en saison sèche permet également de reconstituer les banques de graines du sol, qui soutiennent une communauté diversifiée d'oiseaux granivores et de rongeurs bien représentée dans la réserve. Ces résultats écologiques sont complétés par des études sur la façon dont les éleveurs locaux perçoivent la réserve et les services qu'elle fournit aux communautés.