Résumé
Comment faire face à l’épuisement des ressources naturelles de la planète, en termes de conscientisation des populations, mais aussi en termes de recherche de solutions ? La dégradation de l'environnement a de graves conséquences dans tous les domaines possibles, de l'économique au linguistique. Cette communication nous permettra d'étudier ce dernier aspect, à savoir la relation entre les pratiques linguistiques et l'économie durable d'une communauté indigène dans un pays « en voie de développement ». Il convient de souligner que les répertoires linguistiques sont des vecteurs de transmission des savoirs culturels (Agresti 2021), et que c'est de cette manière que de nombreuses communautés autochtones parviennent à partager et à préserver leurs expériences de l’usage et protection de leurs terres.Nous analyserons ainsi le cas du resguardo de Guambía (Colombie), une région habitée par la communauté misak qui a été témoin, ces dernières décennies, de divers phénomènes sur son territoire : déforestation, pollution, exploitation minière, etc. Pour tenter d'y remédier, deux établissements scolaires mettent en pratique leurs connaissances en économie autonome et en développement durable. En effet, Mama Manuela, à vocation agro-industrielle, a pour mission d'enseigner les méthodes d'élevage d'animaux de ferme, de culture d'aliments, et de création de projets (micro)industriels. Pour sa part, El Tranal, à vocation agro-environnementale, transmet à ses élèves les stratégies de réutilisation et de recyclage des produits non biodégradables, et de gestion des produits biodégradables.Pour ce faire, nous nous appuierons sur les données qualitatives que nous avons recueillies dans deux enquêtes de terrain en 2021 et 2022, à partir d'entretiens avec des enseignants et proviseurs, d'observations participantes et d'ateliers thématiques en langue autochtone avec des élèves du primaire et du secondaire. La méthodologie de ces ateliers, conçue par une équipe de linguistes et d’anthropologues amérindianistes au sein du Labex EFL (voir http://axe7.labex-efl.org/taxonomy/term/12), a pour but principal de contribuer à la revitalisation de la langue minor(is)ée (le namuy wam pour le cas misak) en travaillant sa dimension diamésique (transfert écrit/oral) à travers des questions liées à la culture autochtone, l’histoire et la géographie locale, la réflexion sur la crise environnementale et les crises sociales Notre ancrage théorique reposera sur les principes de la Linguistique du Développement Social de Giovanni Agresti et Silvia Pallini (2014) et la méthodologie de la réflexivité communautaire de Léonard et Avilés González (2019). Nous pourrons, grâce à l'analyse du cas misak, dans le Cauca, déterminer comment une langue minoritaire d'un pays représente un outil clé dans la transmission intergénérationnelle des savoirs ancestraux qui perpétuent les pratiques communautaires, contribuant ainsi à une réappropriation de son territoire et à son développement durable.