Résumé
Cette proposition repose sur les données issues d’une enquête doctorale par ethnographique multi-située conduite en Île-de-France entre 2018 et 2023. Des entretiens biographiques répétés ont été menés avec 16 hommes pendant toute la durée de leur procédure de demande d’asile au motif de l’orientation sexuelle (OSIG), sur des périodes allant de quelques mois à plus de cinq ans, en tant que conseil, soutien ou ami. Ces entretiens ont été complétés par des engagements en tant qu’acteur de prévention salarié puis bénévole dans une association de prévention du VIH sur l’ensemble de la période, puis comme bénévole dans une association LGBTI militante du droit d’asile pendant vingt mois, toutes deux partenaires dans la mise en œuvre d’un dispositif de dépistage et d’accès aux multithérapies à l’attention de demandeurs d’asile au motif de l’OSIG.En croisant les données recueillies depuis ces trois positions d’enquête, je m’attacherai à mettre en lumière les effets de ces positions sur les interactions avec les demandeurs d’asile et les échanges qui s’y déploient. La comparaison de ce qui se dit ou non en fonction des interlocuteurs permettra premièrement d’analyser l’intérêt d’une collaboration étroite entre les différents partenaires du dispositif étudié pour favoriser le partage de certaines données complémentaires en vue de délivrer une offre de prévention adaptée. Il s’agira dans un second temps d’appréhender les obstacles à une telle collaboration ainsi que leurs fondements afin d’envisager des pistes pour les surmonter, notamment par la reconnaissance de l’intérêt d’approches sociales et intégrées de la santé publique et de la prévention du VIH, non exclusivement organisées autour de conceptions du monde médicales et épidémiologiques.En revenant sur cette enquête ethnographique menée pendant cinq années sur une population spécifique, clés de l’épidémie à plusieurs égards, il s’agit en creux de discuter des limites du paradigme préventif médico-épidémiologique et des apports complémentaires – et non concurrent – d’approches ethnographique sensibles aux environnements sociaux des individus et aux principaux enjeux qui organisent leur vie.