Résumé
Le développement de l’enseignement à et par le numérique engage des transformations pédagogiques et didactiques qui peuvent être sources d’innovation, impulsant un changement de paradigme. En effet, l’impact du numérique sur les modalités d’échanges, de construction et de diffusion des discours ou des connaissances comme des fausses nouvelles et leur incidence sur l’ensemble des sociétés implique de renouveler l’approche des savoirs et des méthodes d’enseignement-apprentissage voire des conditions d’enseignement. De ce fait, les politiques publiques, notamment depuis la crise de la covid19 et les confinements qui ont déstructuré de facto le triangle « élève, enseignant, classe », invitent à intégrer massivement le numérique dans l’enseignement. Pour autant, dans le contexte français qui constitue notre terrain d’étude, cette sollicitation fortement injonctive peine à déboucher encore sur une évolution structurée et efficiente des pratiques enseignantes. Plusieurs rapports ainsi qu’un diagnostic récent sur les besoins de formation des enseignants (Reboul, 2023) en témoignent. Enfin, les travaux de recherche visant à faire l’état des apports du numérique dans l’enseignement ne mettent pas clairement en évidence le facteur d’impact (ou plus-value) sur l’enseignement ou l’apprentissage, sauf de façon ponctuelle. L’innovation pédagogique par le numérique relève encore très souvent de l’engagement individuel d’enseignants convaincus ou passionnés et aptes à se saisir de l’écosystème technologique qu’ils mettent en œuvre. Ce peut être aussi l’objet d’une structure (établissement, bassin de formation par exemple) ou d’une discipline mais ces pratiques ne permettent pas d’impulser la généralisation souhaitée par les programmes ou l’institution. C’est précisément cette question de l’écosystème généré par le numérique que notre communication interrogera pour comprendre comment généraliser la transformation pédagogique et didactique qu’impliquent les ruptures épistémologiques liées à son développement dans la société. Pour ce faire, nous nous efforcerons de mettre en évidence les raisons qui contraignent l’enseignement, quelle que soit le degré d’adhésion ou de résistance des individus, à prendre en compte les formes expansionnistes et protéiformes du numérique éducatif et ce dans une visée transformative. S’appuyant sur quelques concepts fondamentaux des didactiques (Reuter et al. 2007), nous nous proposerons ensuite d’éclairer la contribution possiblement féconde des didacticiens à l’inéluctable structuration d’un écosystème du numérique éducatif pour l’enseignement de l’école à l’université. Nous illustrerons notre propos à partir des données de recherche que nous avons recueillies dans le cadre des projets que nous avons conduits dans le contexte français.