Résumé
La fin du Pléistocène supérieur (129 000 – 11 700 BP) dans l'ouest de la France se caractérise par des variations climatiques importantes. Celles-ci entraînent des modifications des paysages et environnements, qui influent sur la disponibilité des ressources dont dépendaient les populations humaines du Paléolithique moyen et supérieur. Si les stratégies de subsistance de ces populations de chasseurs-collecteurs se rapportent essentiellement à la chasse de grands ongulés, nous nous concentrons ici sur l'Aurochs et le Bison. Retrouvés au sein de la grande majorité des assemblages fauniques, ces espèces fossiles sont communément groupées par les archéozoologues sous les catégories « Bos/Bison » ou « Bovinés ». Cette imprécision s'explique par les fortes similitudes anatomiques entre les deux espèces.Cependant, la présence d'Aurochs et/ou de Bison au sein d'un assemblage faunique n'a pas la même implication dans les reconstitutions des paléoenvironnements et dans la compréhension des interactions humains-animal. Aurochs et Bison sont généralement opposés, autant dans leur comportement que dans leur écologie : le premier sédentaire et amateur du couvert forestier, et le second grand migrateur privilégiant les espaces ouverts. En outre, les populations humaines de la fin du Pléistocène supérieur appréhendaient déjà Aurochs et Bison comme deux animaux différents, perceptible via leurs représentations graphiques, accentuant les cornes pour l'un et la bosse pour l'autre. Sans pouvoir faire de distinction entre ces « Bovinés », comment réellement aborder les questions de stratégies de subsistance des groupes humains ?En parallèle des critères anatomiques sur les os longs, des analyses morphométriques des restes dentaires, avec une approche inédite en morphométrie géométrique 2D, permet d'aller plus loin dans la distinction des genres Bos et Bison. Nous présentons dans cette communication les premiers résultats de nos analyses morphologiques de la forme des molaires inférieures, appliquées à des populations modernes et fossiles de Bos, Bison et Bos/Bison. La diversité des individus étudiés ici nous permet aussi de réfléchir à la limite des référentiels modernes appliqués aux fossiles, tant d'un point de vue morphologique qu'écologique et éthologique.