Résumé
Introduction En compétition, le résultat final se joue souvent au cours de quelques moments décisifs à l'issue desquels un athlète prend l'ascendant ou bien décroche psychologiquement, ce de façon plus ou moins soudaine. L'origine d'un tel revirement psychologique ou "momentum psychologique" peut être notamment recherchée dans la précipitation d'un événement ou d'une série d'événements constitutifs du scénario de la compétition (Perreault, Vallerand, Montgomery, & Provencher, 1998 ; Taylor & Demick, 1994). Cette précipitation d'événements affecte la perception par le sportif que celui-ci progresse vers le but à atteindre et entraîne une modification positive (momentum gagnant) ou négative (momentum perdant) aux plans cognitif, physiologique, affectif et comportemental résultant en un changement rapide de la performance (Taylor & Demick, 1994). Plus précisément, ce sont les niveaux de perceptions de contrôle, de motivation, d’optimisme, d’énergie et de synchronisme qui sont affectés (Higham, 2000 ; Perreault et al., 1998). La présente intervention avait pour but d'apprendre à de jeunes pongistes de haut niveau à maintenir un momentum gagnant et à éviter un momentum perdant en situation de prise d’avantage au score lors des balles de fin de manche ou de match. MéthodeParticipants : Sept pongistes du "Groupe France Promotion" de la Fédération Française de Tennis de Table, composé des dix meilleurs jeunes français, âgés de 15 à 21 ans, ont participé volontairement à ce travail sur une durée totale de trois mois. Procédure : Phase diagnostique. Des entretiens d’autoconfrontation à partir de vidéos de matchs récents ont servi à identifier les phases de momentum, leur contexte d'occurrence ainsi que leurs contenus cognitifs, motivationnels, émotionnels et comportementaux. Phase d'intervention. Sur la base des résultats de la phase diagnostique (cf. infra), les interventions ont consisté en des entretiens avec chaque athlète visant à : - Augmenter leur perception de contrôle par (a) une prise de conscience des difficultés éprouvées en relation avec la dynamique du match, (b) une identification avec le jeune de ses besoins pour faire face aux situations anxiogènes, (c) des débriefings de matchs mettant l'accent sur des attributions causales internes, instables et contrôlables (e.g., Gernigon, 2005), et (d) la fixation d'objectifs contrôlables par le sportif ainsi que des encouragements pour les atteindre (e.g., Gernigon, 1998). - Préserver le sentiment de compétence (a) en montrant au pongiste ses capacités d'atteindre les buts fixés (Bandura, 1997) et (b) en évaluant objectivement les qualités et les faiblesses de l'adversaire. - Réduire la perception de l’enjeu en fin de manche ou de match en s'imaginant à d'autres moments du match (Higham, 2000). Phase de bilan : De nouveaux entretiens d'autoconfrontation ont été réalisés à partir de vidéos de matchs ayant eu lieu après l'intervention afin d'appréhender les contenus cognitifs, motivationnels, émotionnels et comportementaux du momentum.Diagnostic : Les décrochages psychologiques sont apparus être associés à l’émergence d’anxiété cognitive. Le jeune âge et le manque d’expérience dans le haut niveau mondial, l’évaluation "maladaptative" de l’adversaire, la pression des entraîneurs en termes d’attentes de résultats et l'enjeu des fins de manche ou de match représentent les facteurs retenus dans l’explication de l’émergence de cette anxiété cognitive. Bilan Trois pongistes seulement se sont activement investis dans la phase d'intervention à l'issue de laquelle ils ont manifesté des changements positifs. Ils ont notamment progressivement adopté un style optimiste et leurs entraîneurs ont remarqué une plus grande efficacité de jeu en compétition. Ces jeunes ont également enregistré des progrès en termes de résultats compétitifs. Les quatre autres pongistes n’ont montré aucune évolution particulière aussi bien dans leur façon d’appréhender la compétition qu’au niveau des résultats sportifs. Discussion L’analyse des résultats met en évidence le rôle prépondérant du facteur "Jeune âge et manque d’expérience dans le haut niveau mondial" dans le déclenchement des décrochages psychologiques. Ce facteur agit en façonnant la manière dont les pongistes appréhendent la compétition, qui se traduit par une estimation de l’adversaire. Estimation dite "maladaptative" parce qu’elle agit en faveur de l’émergence de la perception de l’enjeu des fins de manche ou de match, à l’origine de l’anxiété cognitive (Martens, Vealey & Burton, 1990). Bien que le facteur "Pression des entraîneurs en termes d’attentes de résultats" ait été observé sur le terrain, nous ne disposons d’aucune information nous permettant d’évaluer son impact. Malgré les progrès manifestés par les joueurs, il nous est difficile de mesurer objectivement l'impact réel de notre intervention. La qualité des entraînements proposés et leur jeune âge constituent des conditions favorables aux progrès. De plus, on ne peut ignorer la possibilité qu’un effet placebo, engendré par notre intervention, ait pu contribuer à ces progrès.