Résumé
Cette communication, s’appuyant sur une enquête exploratoire – mobilisant entretiens, observations et analyses documentaires –, s’intéresse à la trajectoire contemporaine de la croche de l’île de La Réunion. Elle interroge l’échec relatif, voire provisoire, de la sportivisation de cette lutte endémique, au regard de la globalisation et de la glocalisation – deux processus qui ne sont ni linéaires ni définitifs, et n’agencent pas nécessairement uniformité et homogénéisation . Questionnant les échelles, limites et frontières de et entre ces concepts, la notion d’échec s’impose comme un problème heuristique : qui définit l’échec ? selon quels critères ? à travers quels points de vue ?Craignant sa disparition, Patrick Blanca, Jérôme Sanchez et Frédéric Rubio ont contribué à recréer la croche, au tournant des XXème et XXIème siècles. Pour ce faire, un travail de mémoire a été opéré, essentiellement auprès des pratiquants, tant les archives sont rares dans cet espace géographique où prédomine la culture orale et se perpétuent des héritages coloniaux . Le fruit de leurs investigations est valorisé dans un seul ouvrage qui fait actuellement référence, sans toutefois entrer dans les standards scientifiques : La Croche. Lutte traditionnelle réunionnaise, paru en 2006. Dès lors, et puisqu’en dépit de cette revivification, la croche reste une pratique en sursis, pour quelles raisons les effets escomptés d’un tel processus ne semblent pas (encore) au rendez-vous ? Sont alors envisagées des hypothèses explicatives convergentes : l’origine enfantine et peu ritualisée de la pratique ; l’absence d’inscription de ce patrimoine dans la culture locale ; la volonté politique posant le moring, reconstruit localement, comme « la » pratique symbolique et identitaire des Mascareignes ; l’absence de réinvention en amont de la sportivisation. Autant de signes, peut-être, d’une recréation avant tout exogène (globalisée) plutôt qu’endogène (glocalisée).Finalement, la sportivisation de la croche, comme moyen de réinvention d’une tradition, semble être à ce stade de l’étude un échec. Seule subsiste la réussite d’une standardisation sportive, loin toutefois d’une inscription dans la culture locale .