Résumé
La crise de l’anthropocène remet en question nos modes de consommation, de production et de manière générale de régulation de nos sociétés du fait de l’incertitude concernant la survie de celles-ci. Dans cette situation, on pourrait croire que nos sociétés tendraient à se désagréger, les individus reprenant chacun leurs billes pour tenter de sauver leur peau tel le mouvement des survivalistes.Néanmoins ce mouvement reste très minoritaire et les individus continuent à attendre de l’aide du groupe social à travers les demandes faites aux politiques publiques et aux assurances privées. Dans les entreprises, l’activité continue. Les clients continuent à acheter même s’ils peuvent demander un label bio ou éco-responsable et se détourner de produits venant du bout du monde ou fabriqués par des enfants. Les fournisseurs continuent d’approvisionner leurs entreprises partenaires même s’ils cherchent à décarboner leur process industriel ou à changer de matières premières pour afficher une politique RSE engagée.Au final, si les trajectoires à moyen et long terme de nos sociétés doivent être revues et sont peut-être à la veille d’un grand soir dans la transition écologique, celles à court terme se répètent dans le quotidien donnant ainsi une impression de stabilité.D’où la problématique suivante : Comment le quotidien garde-t-il son sens dans les entreprises devant les enjeux de l’avenir et l’incertitude du monde de demain ?Nous verrons dans un premier temps que les entreprises subissent régulièrement des crises (boursières, économiques, guerres) mais que de nouvelles formes de crises apparaissent (fragilité du système agro-alimentaire, changement du comportement des acteurs)Dans un second temps, nous montrerons que le quotidien des entreprises perdure cependant dans la crise : les process industriels changent mais nécessitent toujours des ingénieurs et des techniciens, des inputs et des outputs ; les indicateurs de pilotage changent mais existent toujours. Ces constats nous amènent à chercher des explications à la résilience de l’activité quotidienne au sein des organisations, explications dont deux nous semblent fondamentales : la théorie des routines organisationnelles (modèles d’interactions qui constituent des solutions efficaces à des problèmes particuliers) que nous articulerons avec celle du sentiment d’efficacité personnelle de Bandura selon laquelle une action efficace conserve du sens. Ces deux théories expliquent en effet que l’activité quotidienne puisse suivre son cours même face aux grandes incertitudes.Ainsi, malgré une mise en scène de la vie sociale qui n’est pas encore prête pour affronter un futur encore inconnu, le quotidien au sein des entreprises continue à exister.Mots-clé en français : anthropocène, routines organisationnelles, crise, sens, transition écologique Mots-clé en anglais : anthropocene, organisational routines, crisis, meaning, ecological transition