Résumé
Au cours des deux dernières décennies, la forte concentration des opérations d’archéologie préventive, parfois très ponctuelle dans les centres-villes, a permis de redéfinir les relations entre l’archéologie urbaine et son cadre spatial, paysager et environnemental. Cette densification et la pratique systématique d’enregistrement des données géoréférencées marquent une rupture significative dans l’étude des sols urbains. Ces données ponctuelles « tendent ainsi à devenir un ensemble de traces archéologiques analysables en multiples niveaux et composantes, en interactions entre elles et avec l’environnement naturel ». Concernant Aix-en-Provence, cette dynamique a conduit à mettre au jour dans le centre-ville d’anciens vallons, aujourd’hui nivelés, qui semblent avoir influencé en partie la configuration, voire la position même de ville romaine. Il s’est révélé donc impératif de mieux les appréhender pour améliorer la perception du potentiel sédimentaire (épaisseur et nature des dépôts) du centre ancien et de la périphérie proche. Ainsi en 2009, le service archéologique de la ville a engagé un important recensement et traitement des données du sous-sol, issues autant d’opérations géotechniques que d’interventions archéologiques. Il a donné lieu à un partenariat avec le CEREMA Méditerranée pour l’analyse des milliers d’informations recueillies et leur réinterprétation. Publiée en 2016, l’étude présentait une méthode d’acquisition, de traitement, d’interprétation et de modélisation des restitutions stratigraphiques du sous-sol. Les travaux ont d’abord abouti à l’élaboration d’une base de données géoréférencées intégrant l’ensemble des informations collectées (données géotechniques, archéologiques et topographiques). Le traitement de ces données à l’aide d’un Système d’Information Géographique (SIG), avec le logiciel QGIS, et des données 3D issues d’une couverture LiDAR fine du sol actuel, a permis de générer une modélisation stratigraphique tridimensionnelle restituée du sous-sol du centre historique d’Aix-en-Provence.Les résultats préliminaires issus de cette première phase d’investigation et d’analyse, bien que caractérisés par une résolution relativement modeste, ont néanmoins permis d’affiner notre compréhension de la morphologie du substrat de la cité originelle.Cet outil, en facilitant la consultation de la donnée stratigraphique, a également permis le développement de nouvelles réflexions qui peuvent dépasser les champs de l’archéologie ou de la géoarchéologie. Ainsi, en plus d’avoir été utilisé dans le cadre de l’étude des eaux excédentaires dans les périmètres urbains et périurbains d’Aquae Sextiae, il s’avère être un des rares moyens pour tenter de définir les raisons des nombreux désordres que connaissent depuis peu ce secteur avec des affaissements du sol ou de maçonnerie. Après avoir présenter notre méthode de travail, les écueils rencontrés et les résultats obtenus, nous aborderons les problèmes qui se posent à nous aujourd’hui, à savoir l’enrichissement régulier de la base de données et la nécessité de faire évoluer cet outil pour accompagner la nouvelle dynamique d’archéologie urbaine à Aix qui est impulsée par les nombreuses opérations réalisées dans le centre-ville.